7 mars 2004

Appelés… et envoyés (Culte commun avec Pontault)

Prédicateur:
Passage: Esaïe 6:1-13

Introduction

Sur l'affiche qui annonce notre culte en commun, il y a un verset biblique :

Et j'entendis alors le Seigneur qui disait : Qui enverrai-je ? Qui marchera pour nous ? Alors je répondis : Je suis prêt, envoie-moi. Et le Seigneur me dit : Va…

Qui est-ce qui parle ici ? C'est le prophète Esaïe. J'entendis… Je répondis… Esaïe est en train de raconter ce qui lui est arrivé dans le Temple de Jérusalem, c'était en l'an 740 avant Jésus-Christ. Esaïe est jeune, il ne sait pas encore qu'il aura une longue carrière de prophète. Il ne sait peut-être même pas qu'il sera prophète. Mais sa famille est plutôt bien placée. Esaïe a reçu une bonne éducation. Il serait normal qu'il pense à un avenir où il exercera des responsabilités.

Comme prêtre, dans le Temple, par exemple ? Ca non, c'était pour les descendants d'Aaron.

Dans l'administration du pays ? Pourquoi pas ? Le pays a besoin de gens droits, de gens bien formés et honnêtes. Il y a trop de profiteurs. Trop de spéculation immobilière qui laisse les pauvres sur le carreau. Trop d'abus dans le monde agricole. Trop de corruption devant les tribunaux. La loi de Dieu est ignorée. Oui, il y aurait beaucoup à faire. Et si cela touche au domaine politique, pourquoi pas ?

Ou alors, dans la diplomatie. Essayer de protéger l'indépendance de Juda par rapport à la superpuissance du Nord, l'Assyrie. Gérer les relations parfois difficiles avec les états voisins, Damas, Samarie, Tyr, Ashkelon. Ne pas se laisser piéger par l'Egypte… Là encore il y aurait fort à faire. Non seulement dans les domaines économiques ou militaires, mais même sur le plan religieux. Comment éviter que tous ces pays ne viennent nous polluer avec leurs cultes idolâtres ? Une belle carrière comme diplomate, au service de Dieu et du pays. Pourquoi pas ?

Quels que soient ses projets, Esaïe a un cœur pour Dieu. Il vient au temple pour prier Dieu. Et c'est là qu'Esaïe entendra un appel qui changea sa vie.

C'est au chapitre 6. Bernhard Reiss va nous lire le chapitre.

Lecture Esaïe 6.1-13

Dieu et l'homme pécheur

J'ai vu le Seigneur, Adonai Tsevaoth, le Seigneur des armées célestes, le roi ! Des créatures de feu criaient sa sainteté : Saint, saint, saint, est le Seigneur. J'ai vu ça ! Je l'ai vu lui ! Et j'ai été épouvanté. Moi, Yechayahou ben Amots, pécheur, j'ai vu Dieu. Malheur à moi ! Ma bouche est impure. Je dis des choses que je ne devrais pas dire. Comme tout le monde. Et je suis dans la présence de Dieu. C'est la fin !

Mais non, ce n'est pas la fin. Dieu n'a révélé à Esaïe que ce qu'il pouvait supporter : le trône, les êtres de feu, un vêtement qui remplit le Temple, le rayonnement de sa gloire, des symboles, une vision… Personne ne peut voir Dieu et vivre. Esaïe n'a vu que ce qu'il pouvait supporter. Et c'était déjà beaucoup.

Ce n'est pas la fin, parce que le feu de l'autel va purifier le péché d'Esaïe. Sa faute va être expiée. Sa bouche va être purifiée. Au lieu de dire n'importe quoi, il pourra parler pour Dieu.

C'était là l'expérience d'Esaïe, fils d'Amots, fils de bonne famille à Jérusalem en l'an 740 avant Jésus-Christ.

Et l'expérience de Pierre, Paul et Jacques en Ile-de-France en l'an 2004 ? Est-ce que dans notre façon de découvrir Dieu, de nous approcher de Dieu aujourd'hui, nous sommes conscients comme Esaïe de notre péché ? La plupart du temps, non. Quand ils témoignent de leur rencontre avec Dieu, peu de chrétiens parlent d'avoir eu conscience de leurs fautes. Les mentalités ont changé et par rapport à certaines exagérations, c'est une bonne chose. Mais fondamentalement, s'il n'y a pas de péché, il n'y a pas de rédemption et pas de rédempteur. Fondamentalement, l'expérience d'Esaïe peut nous aider à rééquilibrer notre piété. J'ai besoin que Dieu me rappelle temps en temps que je suis pécheur.

Mais ce sont des pécheurs, repentants et pardonnés, que Dieu prend pour son service.

L'appel d'Esaïe

Revenons à Esaïe. Cette vision qu'il a eue dans le temple, ce n'était pas seulement une expérience mystique ou une transe sans lendemain. Ce n'était pas le genre d'expérience qu'il cherchera à renouveler autant qu'il pourra, tellement elle est forte et belle. C'est une expérience unique qui donnera une direction à toute sa vie. C'est là qu'il entend l'appel de Dieu et qu'il y répond.

Et j'entendis alors le Seigneur qui disait : Qui enverrai-je ? Qui marchera pour nous ?

Qui enverrai-je ? Qui marchera pour nous ? Dieu a une mission à confier aux hommes. Dieu dans sa gloire et sa majesté cherche sur la terre quelqu'un à envoyer. Toi ou moi. Des pécheurs pardonnés pour le servir.

Moïse et Jérémie ont hésité à répondre à l'appel de Dieu. Ils ont présenté toutes sortes d'excuses. Moïse ne savait pas bien parler. Jérémie se considérait comme étant trop jeune. Mais Esaïe dit en toute simplicité : Envoie-moi. Avant même de savoir ce que Dieu allait lui demander de faire, il dit : Je suis prêt. Je suis à ta disposition. Qui enverrai-je ? Moise a dit : Envoie quelqu'un d'autre. Jérémie pensait : Envoie quelqu'un de plus âgé. Esaïe dit : Envoie-moi. Sans poser de conditions.

C'est d'autant plus remarquable que Dieu lui demandera d'aller annoncer un message que personne ne voudra entendre. De prêcher en sachant que le seul résultat sera une opposition de plus en plus marquée. D'annoncer par avance la dévastation des champs et des pâturages, la destruction des villes, la mort ou la déportation des habitants. La fin de la maison de Dieu, la fin du peuple de Dieu, la fin des rois descendants de David. La fin de tout, ou presque.

Si Esaïe espérait réussir sa vie dans la politique, c'était raté.

Il y avait une note d'espoir dans son message, malgré tout. Mais de l'espoir pour après. Car quand un grand arbre est coupé dans la forêt, à côté du tronc la vie ressurgit à partir des racines. Quand la nation aura été dévastée, comme un grand chêne abattu, un rejeton renaîtra. Des fidèles, en petit nombre, purifiés par l'épreuve. Et, surtout, le Messie, Emmanuel, Dieu avec nous. La fin ne sera pas la fin. Mais cela, Esaïe ne pouvait pas le dire tout haut tout de suite. Il fallait d'abord que les gens entendent la mauvaise nouvelle, avant d'entendre la bonne. C'est pour cela que Dieu dit à Esaïe : Va !

Notre idée de l'appel de Dieu

Est-ce que cela correspond, tout cela, à votre idée de l'appel de Dieu ? Une vision, des anges, un temple qui tremble sur ses fondements, la voix de Dieu qui vous interpelle ? A ce tarif-là, il ne doit pas y avoir beaucoup d'appelés dans la salle ce matin. C'est l'idée qu'on se fait de l'appel de Dieu. Mais en réalité, Dieu a appelé à lui tous les chrétiens qui sont dans la salle devant moi, et même ceux qui sont assis sur les côtés. Il l'a fait tantôt d'une manière, tantôt d'une autre. Une rencontre bouleversante. Une découverte progressive, un éveil, une évolution, un changement par étapes. Dieu nous appelle à lui par différents moyens qui correspondent à notre personnalité et à notre vécu. Ce n'est pas la méthode qui compte, c'est le résultat : Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature.

De la même manière, vous allez découvrir le service auquel Dieu vous appelle d'une manière qui vous est propre. Un chemin de Damas, une lumière éblouissante, une interruption temporaire de travail de trois jours… C'est possible. Un doux murmure, à peine perceptible… c'est possible. Des approximations successives, une cible de mieux en mieux définie… c'est possible.

Est-ce que notre idée de l'appel de Dieu suppose que c'est d'abord pour notre épanouissement personnel ? Que notre travail sera toujours apprécié ? Que le succès sera assuré, puisque Dieu est avec nous ? C'est très souvent ce que l'on pense.

Et on peut parler de succès et d'épanouissement pour Esaïe. Son livre a plus de 2500 ans et on le lit toujours. Ce ne sera peut-être pas le cas du dernier roman de Max Gallo ou de Patrick Poivre d'Arvor. Mais ce succès d'Esaïe, c'était à quel prix ? Dieu le prévient dès le départ qu'il ne sera pas écouté. Peut-être du temps du roi Ahaz a-t-il dû se retirer des affaires publiques et se consacrer à la formation de ses disciples. Le roi Ezéchias lui était favorable, mais ne l'écoutait guère. Et le roi Manassé a persécuté ceux qui croyaient en l'Eternel. La tradition juive dit même qu'Esaïe a été scié en deux par les soldats de ce roi.

Dieu nous a appelés, les uns et les autres, à le servir de différentes façons. Je peux témoigner des joies que j'ai connues dans une église pionnière et en tant que pasteur à Ozoir. Mais je n'ai jamais cru que l'appel de Dieu me mettait à l'abri des épreuves. Servir Dieu, c'est suffisant. Le succès, c'est la cerise sur un gâteau qui est déjà excellent.

Dieu nous appelle tous de différentes façons.

J'aime bien prendre Esaïe comme le porte-drapeau de ceux qui se portent volontaires. Vous avez envie de servir Dieu, mais vous n'avez pas l'impression d'avoir eu un appel. Il y a de la place dans le royaume de Dieu pour des volontaires. Qui enverrai-je ? dit Dieu. Esaïe répond : Me voici, envoie-moi. Si Dieu vous dit : Qui enverrai-je ? seriez-vous d'accord pour dire : Envoie-moi ? J'achète, je marche, c'est bon, ne cherche pas plus loin, je suis prêt ?

Envoyer où, pour faire quoi ? Vous seriez prêt à être envoyé pour être formé comme pasteur, à 20 ans, ou avec une retraite de militaire à 52 ans ? Vous seriez prêt à être envoyé servir Dieu et votre prochain dans un milieu difficile : un foyer pour jeunes à la dérive, par exemple ? Ou pour porter le combat pour la vérité dans les milieux universitaires ? La trompette sonne, on part au combat, fier de tout ce monde qui nous regard, le cœur gonflé à bloc à l'idée de faire de grandes choses pour Dieu.

Vous seriez prêt à être envoyé pour faire le ménage dans votre Eglise ? On se comprend. Vous êtes prêt à apprendre le coréen pour infiltrer des camps de concentration en Corée du Nord et y apporter l'Evangile. Mais le ménage, ce n'est pas votre don.

Il est où, votre don ? Vous ne le savez pas ? Cela ne me surprend pas, parce que vous avez imaginé trouver votre don par une sorte de test de psychologie. Mais se porter volontaire, pour voir, pour tester ses aptitudes dans la réalité de la vie : il n'y a rien de tel pour vraiment se connaître et découvrir où l'on peut servir Dieu au mieux. Me voici, envoie-moi !

Conclusion

Nous voici réunis, Ozoir et Pontault. Jeunes et vieux. Métropolitains, Antillais et Africains. Hommes et femmes – c'est la plus grande différence entre nous. Là où nous en sommes dans la vie, posons-nous la question : Que puis-je faire pour Dieu maintenant ? Et dans cinq ans ? Prendre soin d'un parent âgé ? M'inscrire pour une école biblique ? Passer la serpillière ?

Et j'entendis alors le Seigneur qui disait : Qui enverrai-je ? Qui marchera pour nous ? Alors je répondis : Je suis prêt, envoie-moi. Et le Seigneur me dit : Va…