Le nouveau commandement : l’amour
4 janvier 2004

Le nouveau commandement : l’amour

Prédicateur:
Passage: Jean 13,34-35

Introduction

Un vieux grincheux dirait sans doute que rien ne change quand on passe de 2003 à 2004. Une seconde de plus, et le compteur avance d'un cran, c'est tout. Pourquoi tout ce tralala sur les Champs Élysées ? Pourquoi tout ce champagne ?

Je suis sûr que l'Ecclésiaste n'aimait pas le Jour de l'An. D'une part parce qu'il a goûté aux fêtes les meilleures, et elles l'ont toutes déçu. D'autre part, il pense que la nouveauté est une imposture :

Eccl 1,9     Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera : il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

Eccl 1,10   Si l'on dit : " Tenez ! Voilà quelque chose de nouveau ", en fait, cela a déjà existé dans les temps qui nous ont précédés depuis longtemps.

Rien de nouveau sous le soleil. Et pourtant, la Bible parle bien d'une nouvelle alliance, d'une nouvelle naissance, d'un cœur nouveau, d'un esprit nouveau, d'un chant nouveau que Dieu fait jaillir au sein de son peuple. Pour nous, personnellement, il existe bel et bien des choses nouvelles, même si d'autres hommes, d'autres chrétiens les ont vécus avant nous.

La plupart des choses que nous découvrons dans le Nouveau Testament se trouvent déjà en germe dans l'Ancien. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Et pourtant, quand la fleur du crocus apparaît, c'est autre chose que le bulbe. Quand Jésus-Christ apparaît, c'est autre chose que l'annonce, la préfiguration, les ébauches des siècles précédents.

Ce qui m'amène ce matin à vous parler de quelque chose qui est nouveau et qui est vieux comme le monde. Un commandement nouveau. Mais qui est dans le cœur de Dieu depuis toujours.

Vous devinez ?

Jésus a dit :

Jn 13,34    Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.

Jn 13,35    A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres.

C'est banal, pense-t-on. Pourquoi ce serait un commandement nouveau, alors que dans le Lévitique, troisième livre de la Bible, il est déjà écrit qu'il faut aimer son prochain comme soi-même ?

Pourquoi est-ce nouveau ?

Dans les pages du Nouveau Testament, deux conceptions de la vie spirituelle s'affrontent. La piété traditionnelle, développée avec beaucoup de sérieux par les Pharisiens entre autres, fait la liste détaillée de toutes les lois que Dieu a données dans l'Ancien Testament : il faut y obéir. Et pour y obéir, il faut des définitions exactes pour chacune des lois, il faut savoir ce qui est permis et ce qui n'est pas permis. Et cela mène parfois à des contradictions qui aujourd'hui nous étonnent. Une loi sur les offrandes faites à Dieu peut par exemple annuler une loi sur l'aide que nous devons à nos parents.

Avec Jésus, c'est autre chose. Il vise toujours les motivations du cœur. La subtilité des définitions ne l'intéresse pas. Il ne veut pas savoir jusqu'où on peut aller dans l'insulte avant que cela ne devienne grave, jusqu'où on peut aller dans la sexualité avant que cela ne devienne péché, qui sont les personnes que l'on doit aider et qui sont les personnes qu'on peut se permettre de haïr. Il nous parle de la pureté du cœur, de la maîtrise de soi, de l'amour véritable.

La Nouvelle Alliance, annoncée par Jérémie, c'est la loi de Dieu inscrite dans notre cœur. Et cette loi est surtout celle de l'amour.

Voilà ce qui est nouveau. La question des motivations est déjà dans les Dix Commandements : Tu ne convoiterais pas. L'amour du prochain est déjà dans le Lévitique : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais dans sa façon de tout centrer sur l'amour, Jésus bouscule tout. C'est un commandement nouveau.

Avant donc d'aller plus loin, nous devons nous poser la question : Suis-je prêt à aimer, à me dire que c'est vraiment central ?

Au lieu de critiquer l'autre, de l'enfoncer, de me livrer à une guerre d'usure : aimer. Au lieu de rester sur mon quant-à-soi : aller vers les autres, aimer. Au lieu de compter mes sous : donner. Au lieu de manœuvrer pour que les gens viennent répondre à mes besoins, à mes attentes : trouver mon épanouissement en rendant les autres heureux.

Pour moi, cela ne vient pas naturellement. Mais par la grâce de Dieu, je veux progresser dans l'amour.

Le commandement est nouveau parce qu'il est placé au centre.

Une mise en garde, tout de même. La loi de Dieu éclaire l'amour. Je n'ai pas le droit de m'enticher de la femme d'autrui et de dire que parce que je l'aime tout m'est permis. Dieu me tiendra responsable de l'amour que j'ai promis à ma propre femme en l'épousant ; Dieu me tiendra responsable de l'amour que je dois à mon prochain, pour ne pas lui voler sa femme ; Dieu me tiendra responsable de l'amour véritable que je dois à la femme de mon prochain, pour ne pas l'entraîner dans le péché. Quand la tête me tourne, la loi de Dieu est là pour me dire ce qu'est vraiment l'amour.

Le modèle est nouveau

Un deuxième aspect de la nouveauté de ce commandement : c'est qu'il est basé sur un modèle vivant :

Jn 13,34    Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.

Jn 13,35    A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres.

Ce qui manquait à la loi de Moïse, c'était un exemple vécu. Il n'y avait que des lois pour couvrir tel ou tel cas de figure. Jésus nous demande de le prendre, lui, comme modèle vivant pour l'amour.

C'est avec lui que nous voyons le côté désintéressé de l'amour. Il n'a pas aimé les autres pour être aimé en retour. Il n'était pas en manque d'affection, cherchant à attirer les gens vers lui parce qu'il avait en lui un vide. Il a aimé d'une façon désintéressée. Par pure générosité. Il a aimé pour les autres, à cause des autres, et pas pour lui-même.

Et cela se voyait. Je pense à sa patience avec des disciples qui l'ont déçu plus d'une fois. Sa façon de prendre les gens tels qu'ils étaient, pour les amener plus loin. Il aurait pu choisir comme disciples des gens faciles à vivre. Il aurait pu se faire entourer par une douzaine de lèche-bottes. Mais il a pris en fait des hommes très ordinaires, dévoués par moments, difficiles de temps en temps, et parfois vraiment lamentables. Patience. Persévérance. Pardon.

Notre amour pour les autres est-il comme cela ? Généreux ? Y a-t-il là un commandement nouveau que nous ferions bien d'inscrire en tête de 2004 ?

Je pense à un autre aspect de l'exemple que nous laisse Jésus-Christ. Je le vois dans la première épître de Jean :

1Jn 3,16    Voici comment nous savons ce que c'est que d'aimer : Jésus-Christ a donné sa vie pour nous. Nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères.

1Jn 3,17    Si un homme riche voit son frère dans le besoin et lui ferme son cœur, l'amour de Dieu ne peut être présent en lui ?

1Jn 3,18    Mes enfants, que notre amour ne se limite pas à des discours et à de belles paroles, mais qu'il se traduise par des actes accomplis dans la vérité.

L'amour s'accompagne d'actes. Un service rendu, à la maison même. Un dépannage. Un engagement à long terme pour parrainer un enfant. Une invitation à prendre l'apéritif, à rompre la solitude, à prendre un repas. Une action pour les chrétiens d'Algérie ou pour le SEL.

Je sais bien qu'il y a des actes de charité qui font plus pour soulager la conscience de la personne qui donne que pour aider réellement la personne qui reçoit. Je sais aussi qu'il y a des gestes qui sont plus faciles pour les uns que pour les autres. L'hospitalité, par exemple : certaines personnes ont beaucoup de mal à ouvrir leur maison à d'autres. Mais je veux insister sur un point fondamental : l'amour des autres, l'amour des frères, il doit se voir.

Mt 5,16      C'est ainsi que votre lumière doit briller devant tous les hommes, pour qu'ils voient le bien que vous faites et qu'ils en attribuent la gloire à votre Père céleste.

Vous voyez ce que cela implique pour une église si diverse et variée comme Ozoir. Il ne suffit pas d'être plus ou moins nombreux le dimanche matin et de dire que nous sommes tous un en Christ. Ce qui est déjà pas mal, et qui est un témoignage remarquable pour le monde. Mais l'amour chanté par 150 bouches à 10h30, il faut qu'il se voie par les relations qui se tissent à partir de 11h30. C'est un vrai défi. Une salutation, une parole, entre jeunes et vieux, riches et pauvres, noirs et blancs, anciens et nouveaux : l'amour qui se voit. Le dimanche, et en dehors du dimanche.

Dans certaines traditions, on vient à l'Eglise pour prier Dieu, on ne s'occupe pas des autres. Mais ce n'est pas l'image de l'Eglise que nous donne la Bible. Si donc vous êtes de ceux qui viennent pour avoir un bon culte, posez-vous la question de l'amour des autres. Cette maison n'est pas seulement un lieu de prière, c'est là où se rencontrent les enfants d'un même Père. Et puisque nous sommes nombreux, nous devons trouver encore d'autres lieux comme les groupes de maison où l'intérêt que nous portons aux autres se verra.

C'est peut-être un commandement nouveau pour vous : aimez-vous les uns les autres. Une vie d'Eglise ne se conçoit pas sans amour.

Les risques de l'amour

L'exemple de Jésus m'amène à vous parler d'une dernière chose au sujet de l'amour. L'amour implique souvent une souffrance. Si vous ne voulez pas souffrir, ne prenez pas le risque d'aimer.

Je pense à la souffrance d'un amour rejeté, méprisé : c'est ce qui a fait pleurer Jésus sur Jérusalem. Vous avez reconnu vos torts, vous avez demandé pardon : mais en face, c'est un mur d'indifférence ou de haine. Vous avez surmonté votre blessure et accordé votre pardon : mais en face, ça va recommencer. Si vous n'aimiez pas, vous ne seriez pas meurtri. La peine que vous ressentez est un signe d'amour.

Il y a aussi la souffrance qui vient lorsque nous perdons un être cher. Sans amour, il n'y aurait pas de larmes. Plus l'amour est grand, plus la perte est douloureuse. Le deuil ne serait pas deuil sans l'amour.

Puis je pense encore à ces souffrances que nous acceptons comme le prix de l'amour. Nous pouvons être amenés à consentir des sacrifices, à choisir la voie de la difficulté, à nous donner – et dans la peine – par amour des autres. Comme Jésus est allé jusqu'à la croix pour mettre le comble à son amour.

Conclusion

L'amour doit être au centre. Il doit être généreux. Il doit se voir dans l'Eglise et dans nos relations dans le monde. Il s'accompagne parfois de douleur.

Le commandement nouveau n'est pas un commandement facile. Mais puisque Jésus m'en donne l'exemple, je veux le vivre chaque jour un peu mieux. C'est la voie par excellence.

Jn 13,34    Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.

Jn 13,35    A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres.

1.Cor 13,13   En somme, trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour, mais la plus grande d'entre elles, c'est l'amour.