La vie de l’Esprit (Galates 5, partie 2)
19 juin 2005

La vie de l’Esprit (Galates 5, partie 2)

Prédicateur:
Passage: Galates 5:13-26
Thèmes :

Qu'est-ce qui fait la différence entre un chrétien et un non-chrétien ? Le texte que nous allons lire maintenant apporte une réponse à cette question.

Les versets 16-17 et 25 sont parmi les versets qui ont joué le plus grand rôle dans la piété évangélique au XXe siècle. Ces versets ont été, sont encore, des versets clé pour bon nombre de mouvement qui ont cherché à promouvoir la sainteté ou la sanctification chez les chrétiens. Ils ont été prêchés, commentés, dans de nombreuses rencontres, conventions, livres sur la sanctification. Mais je ne connais pas de textes bibliques qui aient été plus mal traités au XXe siècle que ces versets. Une mauvaise compréhension de ces versets, très répandue, a engendré diverses erreurs, avec parfois des conséquences dramatiques dans la vie de certaines personnes et de certaines Églises. Ces derniers mois, j'ai été heureux de constater qu'il y a, au niveau académique, de plus en plus de spécialistes évangéliques pour rectifier le tir. Comme quoi, la discipline rigoureuse que doit être la théologie peut être salutaire. Elle l'a en tout cas été dans ma vie personnelle, car j'ai moi-même été victime d'une mauvaise lecture de ces textes.

Littéralement, les v. 16-17 disent ceci :

16 Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair. 17 Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez pas ce que vous voudriez.

Très souvent, on dit que ce que Paul appelle la chair ici, c'est notre ancienne nature, qui vient s'opposer à la nouvelle nature que nous avons reçue à notre nouvelle naissance, une nouvelle nature que le Saint-Esprit nous donne. Nous aurions donc deux natures, une mauvaise, l'ancienne, et une nouvelle, produite par le Saint-Esprit. En Ép et Col, Paul parle de l'homme ancien et de l'homme nouveau. On en tire la conclusion qu'il y a deux hommes dans le chrétien. Et par conséquent que nous connaissons un conflit intérieur entre l'ancienne nature et la nouvelle, entre l'homme ancien et l'homme nouveau, un conflit qui serait décrit dans notre texte.

Ou encore, on dit que la chair, c'est mon moi, avec mon intelligence, ma volonté, mes forces personnelles, mes ressources propres, et que tout cela est naturellement mauvais, corrompu, opposé à Dieu. Et notre texte décrirait un conflit entre ce moi et le Saint-Esprit que nous avons reçu à notre conversion.

De cette présentation des choses, on tire une conséquence pratique : il ne faut surtout pas essayer d'obéir à Dieu par nos propres efforts, en mettant en œuvre notre intelligence, notre volonté, en faisant appel à nos propres forces. Si on fait cela, c'est l'échec assuré, puisque notre moi, ou notre ancienne nature sont corrompus, opposés à Dieu. Au contraire, il faut laisser l'Esprit agir en nous. C'est lui qui doit produire en moi l'obéissance à Dieu. Je ne dois pas essayer de le faire par moi-même. Le mot d'ordre alors, c'est « s'abandonner » ; ou encore : « laisser faire le Saint-Esprit », « le laisser agir », et surtout ne pas contrecarrer son action en essayant d'agir nous-mêmes.

Certains parlent de sanctification par la foi seule. De même que nous sommes justifiés par la foi seule, sans les œuvres, sans notre obéissance à la Loi, certains disent que nous serions sanctifiés par la foi seule, sans nos efforts, sans nos œuvres, simplement en nous abandonnant à l'Esprit par un simple acte de foi. Lorsque j'étais jeune chrétien, j'ai été exposé à une variante de cette conception, le discours qui consiste à dire : la clé pour la sanctification, c'est de ne pas chercher à obéir à Dieu pas ses propres forces, mais d'être rempli de l'Esprit. Pour cela, il suffit de le demander à Dieu et de croire qu'il nous remplit de l'Esprit.

Il y a une part de vérité dans cette insistance sur l'œuvre de l'Esprit. Jésus a bien dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » et c'est par son Esprit qu'il agit en nous. Nous reviendrons là-dessus tout à l'heure. Mais à côté de cette part de vérité, il y a aussi une part d'erreur et d'illusion. Ayant été exposé à ce genre d'enseignement, je l'ai suivi, appliqué, pendant plusieurs années. Mais dans ces moments où je regardais ma vie en face, j'étais bien obligé de reconnaître qu'il ne se passait pas grand chose concrètement, que cela ne menait pas bien loin.

Tout d'abord, nulle part, l'Écriture n'enseigne que le chrétien aurait deux natures, ou qu'il y aurait deux hommes en lui. Ce serait de la schizophrénie. D'un point de vue psychologique, cela ne correspond pas à la réalité : je n'ai pas conscience de deux moi, de deux sujets en moi. Mais surtout, d'un point de vue biblique, cela n'est pas correct. Si vous considérez les textes qui parlent de l'homme ancien et de l'homme nouveau, vous verrez que Paul ne dit pas que ces deux hommes sont en nous en même temps et qu'ils luttent l'un contre l'autre. Il dit que nous nous sommes dépouillés de l'homme ancien et que nous avons revêtu l'homme nouveau. Nous ne sommes plus l'homme ancien, nous sommes l'homme nouveau. Et dans notre texte, il déclare que nous avons crucifié la chair (v. 24). Le chrétien n'a qu'une seule nature, et celle-ci est renouvelée, en train d'être transformée par le Saint-Esprit.

Puis l'idée selon laquelle nous ne devrions pas mettre en œuvres nos ressources propres, notre intelligence ou notre volonté pour plaire à Dieu, est contredite par de nombreux textes. Par ex, en Rm 12, Paul dit : Soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence afin de discerner la volonté de Dieu. Dieu renouvelle notre intelligence pour que nous nous en servions, que nous fassions des efforts de réflexion dans le but de discerner sa volonté et donc de lui obéir.

Quant à l'idée si répandue selon laquelle nous ne devrions pas chercher à faire la volonté de Dieu par nos propres efforts, écoutons ce que Pierre a écrit : 2 Pi 1.5-9.

En réalité, ce que Paul nomme la chair ici, et dans bien d'autres textes, ce n'est pas une ancienne nature du chrétien qui subsisterait en lui à côté d'une nouvelle nature et qui s'opposerait à cette nouvelle nature ; ce que Paul nomme chair ici, ce n'est pas non plus mon moi, avec ses facultés, son intelligence, sa volonté, ses ressources, ses actes propres.

Ce que Paul nomme chair, c'est une condition que le chrétien a quitté, qui n'est plus la sienne : Ga 5.24 ; Rm 8.9. La chair, c'est la condition dans laquelle le chrétien se trouvait autrefois, avant sa conversion, c'est la condition de celui qui n'a pas le Saint-Esprit. C'est la condition naturelle de l'homme, naturelle dans ce sens que l'Esprit n'intervient pas. BS : la condition de l'homme livré à lui-même, à ses seules ressources, sans l'Esprit. Autrement dit, c'est la condition du non-chrétien.

Notre v.17 ne parle donc pas d'un conflit intérieur du chrétien. Il met en opposition deux conditions : celle de l'homme/la femme qui n'a pas l'Esprit, et celle de l'homme/la femme qui a l'Esprit. Et cette opposition est radicale : les désirs de l'homme dans sa condition naturelle, du non-chrétien, sont opposés à ceux de l'Esprit. Il y a opposition entre la condition naturelle de l'homme et l'Esprit.

Il y a donc incompatibilité totale entre la manière d'être et de vivre du non-chrétien et le Saint-Esprit qui est en nous. Il y a incompatibilité entre les priorités, l'échelle de valeur, les objectifs, les passions aussi du non-chrétien et le Saint-Esprit. Il y a aussi contradiction entre la manière d'être et de vivre qui étaient les miens avant ma conversion, entre les priorités, les objectifs, les désirs que j'avais avant ma conversion, et ceux du Saint-Esprit qui est en moi depuis ma conversion. Et Paul illustre cette opposition radicale par les deux catalogues qu'il dresse des œuvres de la chair et des fruits de l'Esprit.

Pourquoi Paul oppose-t-il de manière si radicale la condition humaine naturelle, la condition du non-chrétien, et la condition de celui qui a en lui le Saint-Esprit ? Pour le comprendre, il faut replacer ce texte dans son contexte et bien saisir quel est l'objectif ici de l'apôtre.

Paul a exposé et développé la doctrine de la justification par la foi seule. À cause de nos fautes, de nos transgressions de la Loi de Dieu, nous étions condamnés. Mais, par sa mort sur la croix, Jésus a porté la condamnation de ceux qui croient en lui. Ainsi, nous qui avons mis notre confiance en Christ pour notre salut, nous sommes libérés de cette condamnation. La justification, c'est précisément cela : être libéré de la condamnation. C'est aussi avoir tous les droits de quelqu'un qui aurait toujours obéi à la Loi. La Loi stipulait : celui qui mettra ces choses en pratique obtiendra la vie pour cela (Lv 18.5). Nous n'avons pas obéi à la Loi, mais par sa mort, Jésus nous a obtenu le droit à la vie, la vie que nous aurions reçue si nous avions obéi à toute la Loi.

Donc, nous avons le droit à la vie éternelle sans avoir à obéir à la Loi pour le mériter. Il suffit de recevoir le pardon des péchés et le droit à la vie par la foi. Les adversaires de Paul disaient : « Cette doctrine est immorale. Si on est sauvé par la foi seule, les conséquences sont désastreuses. Les gens vont dire : ‘je peux vivre à ma guise, si je pèche, ce n'est pas grave puisque je suis de toute façon sauvé par la foi, puisque Dieu me fait la grâce du pardon'. » Les adversaires de Paul disaient donc : « Cette doctrine ne peut qu'encourager les gens à pécher ; avec cette doctrine, les gens ne vont plus se soucier d'obéir à la Loi et à Dieu. »

Mais il n'y a pas que les adversaires de Paul pour raisonner ainsi. Est-ce qu'il ne nous arrive pas parfois, à nous aussi, de nous dire : « Je suis sauvé par grâce ; Dieu me pardonne ; donc, si je me laisse aller un peu, si je commets tel péché, je suis quand même sauvé. Bon, je sais bien que c'est contraire à ce que Dieu veut, mais, ce n'est qu'un petit péché, ce n'est pas grave. Finalement, Dieu me pardonnera. » Consciemment ou inconsciemment, est-ce que nous ne nous permettons pas parfois certaines choses parce que nous comptons un peu trop facilement sur la grâce de Dieu ?

Alors voici ce que Paul écrit : v. 13. Nous avons été libérés : libérés de la condamnation que nous encourrions pour nos fautes. Libérés sans doute aussi de l'obligation d'observer les prescriptions rituelles de la Loi mosaïque, comme la circoncision, parce que celles-ci n'étaient que des préfigurations, ou des images, des réalités que Christ nous apporte. Mais cette liberté ne doit pas devenir un prétexte pour vivre selon la chair, c'est-à-dire comme des non-chrétiens, ou pour continuer à vivre comme nous le faisions avant notre conversion. Notre liberté ne doit pas être un prétexte pour vivre à notre guise, sans nous soucier de la volonté de Dieu et de sa Loi.

Par le passé, certaines Églises évangéliques ont pu être très légalistes, en imposant aux chrétiens diverses formes, une manière de s'habiller, divers interdits qui n'avaient peut-être pas leur raison d'être. Ces dernières décennies, on a réagi contre cela en insistant sur la grâce divine. Mais peut-être qu'on est parfois allé un peu trop dans l'excès inverse, en insistant tellement sur la grâce et en ne parlant plus suffisamment des exigences de Dieu, et de l'obéissance à laquelle il nous appelle. Les mots ‘exigence' et ‘obéissance' ne sont plus tellement au goût du jour. Mais ils sont bibliques (Rm 6). Nous avons besoin d'entendre aujourd'hui ce que Paul écrit ici. Le chrétien n'est pas quelqu'un qui vit à sa guise, n'importe comment, ou comme tout le monde. Le chrétien est appelé à être différent et à vivre différemment. [Jésus n'a pas dit autre chose, lorsqu'il dit qu'on reconnaît l'arbre à ses fruits. Ou encore lorsqu'il a déclaré : « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » Quand il y a du sel dans un plat, cela se remarque. Le sel a un goût particulier, un goût très différent du goût des autres aliments. Le goût du sel fait que le sel ne passe pas inaperçu. De même, le chrétien ne doit pas passer inaperçu, il est appelé à être différent, d'une différence qui se remarque, comme la présence du sel dans un plat. Si je suis chrétien, cela doit faire une différence visible, tangible. Et c'est ce que dit Paul ici, d'une autre manière.]

Pourquoi ? Non pas parce que je serais encore sous l'obligation d'obéir à la Loi pour gagner mon salut. Mais parce que, si je suis chrétien, j'ai le Saint-Esprit. Lorsque Christ nous sauve, il ne nous sauve pas seulement de la condamnation. Il nous sauve aussi du péché qui est en nous. Et c'est pour nous purifier intérieurement, pour nous sauver du péché qui est en nous et qui se manifeste dans nos actes, que Christ nous donne son Esprit.

Au v. 25, Paul dit que le Saint-Esprit est la source de notre vie, ou que nous sommes vivants, d'une vie nouvelle, par le Saint-Esprit. C'est là un fait : si nous sommes chrétiens, nous avons en nous l'Esprit saint. Rm 8.9.

Or il y a contradiction, incompatibilité entre les désirs, les passions, les priorités du non-chrétien, sa manière de vivre, et le Saint-Esprit. Il y a là opposition radicale. Donc puisque l'Esprit est en nous, nous habite, nous ne pouvons plus vivre comme des non-chrétiens.

  1. 17c: je ne peux pas me dire chrétien et « être mon propre maître » (traduction Semeur). En fait, si je suis sauvé, c'est parce que Dieu m'a sauvé. Et si Dieu m'a sauvé, alors que j'étais condamné à mort, ma vie lui appartient ; j'appartiens à Dieu. Et si j'appartiens à Dieu, je vais lui obéir. Autre traduction : en sorte que vous ne pouvez pas faire ce que vous voudriez. Je ne peux pas me dire chrétien et faire ce que je veux, c'est-à-dire vivre un peu selon ce que le Saint-Esprit veut pour moi et me laisser aussi aller à vivre de temps en temps comme un non-chrétien. C'est l'un ou l'autre. Les deux sont incompatibles. Je dois choisir. Je suis soit d'un côté, soit de l'autre.

En fait, si je vis comme cela me chante, selon ce qui ce passe par la tête, selon mon ressenti, ou mes passions, si je me contente de faire comme tout le monde, sans me préoccuper de la volonté de Dieu, si je vis à la manière du non-chrétien, c'est que je n'ai pas le Saint-Esprit. Puisqu'il y a incompatibilité entre la manière de vivre du non-chrétien et le Saint-Esprit, si j'ai le Saint-Esprit, je ne peux pas vivre comme un non-chrétien. Donc, si je vis comme un non-chrétien, c'est que je n'ai pas le Saint-Esprit. Et si je n'ai pas le Saint-Esprit, je n'appartiens pas à Christ (Rm 8.9). Et si je n'appartiens pas à Christ, je ne suis pas sauvé, puisque c'est par Christ qu'on peut être sauvé. Donc : v. 21.

Un chrétien, c'est quelqu'un qui vit dans l'obéissance à Dieu, non pas pour gagner son salut, mais parce qu'il appartient à Dieu et parce qu'il a le Saint-Esprit en lui, le Saint-Esprit qui veut l'entraîner à vivre dans l'obéissance à Dieu.

Il faut maintenant clarifier l'une ou l'autre chose. Lorsqu'on lit le texte, on peut avoir l'impression que Paul dépeint le non-chrétien tout en noir, et le chrétien tout en blanc, qu'il n'y a rien de bon chez le non-chrétien et que le chrétien est parfait. Ce serait là encore mal le comprendre. Il suffit de lire ses épîtres pour voir qu'il ne considérait pas que les chrétiens étaient parfaits.

Si Paul met en opposition radicale la condition de l'homme sans Dieu et la condition de l'homme qui a l'Esprit, c'est pour souligner que le chrétien ne peut pas vivre comme un non-chrétien, ou qu'il ne peut pas vivre comme avant sa conversion. Il doit y avoir une différence. Il y a un choix à faire : c'est l'un ou l'autre.

Mais Paul ne veut pas dire qu'il n'y a rien de bon chez les non-chrétiens, et que les non-chrétiens ne font rien de bon. Il ne dit pas que tous les non-chrétiens ont tous ces vices qu'il appelle œuvres de la chair, que tous les non-chrétiens manifestent toutes ces dispositions et toutes ces attitudes mauvaises dont il dresse cette liste si noire. Mais il veut dire que ces attitudes et comportements mauvais, qu'on trouve quand même couramment chez les non-chrétiens, sont incompatibles avec le Saint-Esprit qui habite en nous. Beaucoup de non-chrétiens s'adonnent à ces choses, se laissent aller à cela, vivent plus ou moins comme cela, souvent sans que cela leur pose de problème. Mais nous devons être différents.

On pourrait dire ceci : ce n'est pas que les non-chrétiens ne font pas du bien, mais ils ne font pas le bien. Ils font du bien. Certains font preuve de courage, de générosité, de dévouement pour de bonnes causes, certains font preuve de solidarité (ONG). Vous avez des gens prêts à rendre service. Ils font du bien. Mais faire le bien, c'est différent. Faire le bien, ce n'est pas seulement faire de bonnes choses, ce n'est pas seulement agir en suivant de bons sentiments, c'est vivre selon la volonté de Dieu, dans l'obéissance à sa parole. Faire le bien, c'est d'abord vivre pour Dieu, faire tout ce que l'on fait pour Dieu, et le faire comme Dieu le veut, c'est chercher à conformer sa vie à la volonté de Dieu. Or ces non-chrétiens qui font parfois beaucoup de bien, ils ne soucient pas le moins du monde de ce que Dieu veut et font parfois allègrement le contraire dans certains domaines de leur existence, par ex. dans leur « vie sentimentale ». Ils font du bien, mais pas le bien.

Deuxièmement, Paul ne dit pas que les chrétiens sont parfaits. Notez qu'il parle des fruits de l'Esprit. Il ne dit pas : voici ce que produisent les chrétiens, voici comment vivent les chrétiens. Mais il dit : voici ce que produit le Saint-Esprit. S'il nous donne cette liste des fruits de l'Esprit, c'est pour nous indiquer où le Saint-Esprit veut nous emmener, ce qu'il veut faire dans notre être et dans notre vie. Mais il ne dit pas que nous sommes arrivés au bout du chemin.

Il doit donc y avoir une différence entre le chrétien et le non-chrétien parce que le chrétien est en route sur un autre chemin que le non-chrétien, mais le chrétien n'est pas arrivé au bout de la route. Et il doit y avoir une différence entre ce que je suis et ma manière de vivre maintenant que je suis chrétien, et ce que j'était avant ma conversion. Il y a là quelque chose d'important.

Prenons le cas d'une personne A qui a reçu une excellente éducation, qui était naturellement gentille, et avait une bonne moralité. Cette personne se convertit un jour. Quelques années plus tard, elle aura fait des progrès dans la sanctification. Prenons ensuite le cas d'une personne B qui a mené une vie de patachon et qui a fait les 400 coups. Cette personne se convertit. Elle va alors connaître des luttes pour redresser la barre. Quelques années plus tard, si on la compare à la personne A, elle pourra sembler loin derrière sur le chemin de la sainteté. Mais si l'on compare le chemin parcouru par ces deux personnes depuis leur conversion, il se peut que ce soit la personne B, celle qui revient de très loin, qui a en fait parcouru le plus de chemin. Il ne faut donc pas regarder seulement où un chrétien se trouve à un moment donné. Mais il faut aussi considérer le chemin parcouru depuis sa conversion.

Parce que les chrétiens ont reçu le Saint-Esprit, leurs valeurs, leurs objectifs, leur manière de vivre ont changé. Mais il reste encore des choses à changer. Le changement s'effectue non pas d'un coup, mais progressivement. Et nous avons à y travailler tout au long de notre vie chrétienne. Une différence fondamentale entre le chrétien et le non-chrétien, ce n'est pas que le chrétien est parfait, mais c'est qu'il est en marche vers la pleine conformité à la volonté de Dieu.

Une autre chose que Paul souligne lorsqu'il met en opposition radicale les œuvres de l'homme dans sa condition naturelle et les fruits de l'Esprit, c'est notre besoin du Saint-Esprit. Cette liste des œuvres de l'homme dans sa condition naturelle, c'est la description de ce que je suis, au fond de moi, sans l'Esprit. Et j'ai donc besoin que l'Esprit vienne produire ses fruits en moi. Je ne peux pas les produire par moi-même tout seul. Ce sont les fruits de l'Esprit. Jésus a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». J'ai besoin que Jésus agisse en moi par son Esprit.

Alors une question se pose ici : ai-je le Saint-Esprit ? Je l'ai dit tout à l'heure, si je suis chrétien, j'ai le Saint-Esprit. Un chrétien qui n'a pas le Saint-Esprit, cela n'existe pas. Le v. 25 indique que nous avons le Saint-Esprit. C'est par le Saint-Esprit que nous vivons. Lorsque Nicodème a demandé à Jésus comment on pouvait naître de l'Esprit, Jésus a répondu :

Le Fils de l'homme doit être élevé pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui aient la vie éternelle. Oui, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu'ils aient la vie éternelle. (Jn 3.15-16.)

Si j'ai placé ma confiance en Christ, j'ai le Saint-Esprit. Le jour de la Pentecôte, Pierre a déclaré : Ac 2.38. Si je me suis converti, j'ai le Saint-Esprit. Je n'ai pas besoin d'avoir ressenti quelque chose de particulier pour avoir reçu le Saint-Esprit. Il ne s'est pas nécessairement passé quelque chose d'extraordinaire. Si j'ai mis ma foi en Dieu par Jésus-Christ, j'ai le Saint-Esprit. C'est tout. C'est un fait.

Maintenant, ma responsabilité, c'est de marcher par l'Esprit, conduire ma vie par l'Esprit (v. 16, 25), c'est d'être conduit par l'Esprit. Qu'est-ce que cela veut dire pratiquement, concrètement ? Que je vais me croiser les bras et laisser le Saint-Esprit faire tout le travail ? Pas du tout.

Marcher selon l'Esprit, être conduit par l'Esprit, c'est marcher sur le chemin où il veut me faire aller. Mais c'est à moi de marcher. Lui me conduit, mais c'est à moi de marcher. Et le chemin sur lequel l'Esprit veut me conduire, c'est celui de l'obéissance à Dieu. Marcher selon l'Esprit, être conduit par l'Esprit, c'est marcher sur ce chemin là.

Rm 8.13 souligne bien notre responsabilité (« Faites mourir »), tout en indiquant que c'est « par l'Esprit » que nous devons l'exercer.

1) Je dois me souvenir que tout seul, je ne peux rien. Ces qualités que Dieu m'appelle à manifester, ce sont des fruits de l'Esprit. J'ai besoin de l'œuvre de l'Esprit en moi. J'ai besoin de m'ouvrir à l'œuvre de l'Esprit. Comment faire ? D'abord, il me faut être conscient de mon besoin, me garder de penser que j'ai assez de force et de ressources par moi-même pour faire le bien. Ensuite, je vais m'ouvrir à l'action de l'Esprit par la prière. Jésus a dit : Lc 11.11-13. De la même manière que j'ai besoin de nourriture pour chaque jour, j'ai besoin du Saint-Esprit pour vivre ma vie chrétienne chaque jour. De la même manière que l'enfant compte sur son père pour recevoir la nourriture dont il a besoin, je vais compter sur Dieu pour l'action du Saint-Esprit en moi dont j'ai besoin chaque jour, et lui demander qu'il agisse en moi par son Esprit. Nous pouvons nous ouvrir à l'action de l'Esprit par la prière.

C'est important de faire cela et de compter sur l'Esprit. Sinon, je risque de me décourager, de trouver que c'est trop difficile, au-dessus de ma portée. Savoir que l'Esprit est à l'œuvre en moi, voilà qui peut m'aider à aller de l'avant, à ne pas baisser les bras, à ne pas reculer devant la difficulté. Compter sur l'action de l'Esprit, cela nous encourage.

Mais il ne suffit pas de prier et d'attendre ensuite que cela se passe.

2) Si je dois marcher sur le chemin où l'Esprit veut me faire aller, il me faut ensuite chercher à discerner ce chemin. Comment puis-je savoir où l'Esprit veut me conduire ? Est-ce que j'entends des voix ? Est-ce par une voix intérieure qui résonne en moi ? Notre texte ne parle absolument pas de cela. Par contre, il parle d'autre chose. Parmi les fruits de l'Esprit, Paul mentionne l'amour. Or qu'est-ce que l'amour ? Comment est-ce que nous savons ce que c'est que d'aimer ? Aimer, ce n'est pas un vague sentiment. Ce n'est pas non plus agir en fonction de bons sentiments. V. 13 : aimer, c'est accomplir la Loi. Et Paul pense ici à la loi de Moïse : Rm 13.8-10.

La Loi n'est pas notre moyen de salut. Nous ne sommes pas sauvés par notre obéissance à la Loi. Mais nous sommes sauvés pour obéir à la Loi de Dieu. Car la Loi de Dieu exprime toujours la volonté de Dieu. La Loi est spirituelle dit Paul en Rm 7. Cela veut dire que la Loi a été inspirée par le Saint-Esprit. Et par conséquent, le chemin sur lequel le Saint-Esprit veut nous conduire, c'est l'obéissance à la Loi de Dieu. Parce que c'est le Saint-Esprit qui a produit cette Loi. La Loi de Dieu, et l'ensemble de l'Écriture nous révèle quel est ce chemin sur lequel l'Esprit veut nous conduire, dans quelle direction il veut nous mener. Être conduit par l'Esprit, c'est se pénétrer de la Loi, de l'Écriture tout entière, pour rechercher la volonté de Dieu pour notre vie.

Marcher selon l'Esprit ne se fait pas sans une fréquentation assidue et régulière de l'Écriture.

3) Et enfin, marcher selon l'Esprit, c'est obéir. Paul parle de faire mourir (Rm 8.13). Parfois c'est douloureux. Cela implique de reconnaître mes fautes, de prendre la décision d'abandonner mes mauvais comportements, de changer et pour cela peut-être, de me fixer des objectifs. « Faites tous vos efforts », dit Pierre. Cela ne se fait pas sans mes efforts.

L'erreur, c'est d'opposer nos efforts personnels à l'œuvre de l'Esprit. La Bible ne connaît pas une telle opposition. Au contraire, c'est lorsque nous faisons des efforts pour obéir à Dieu que le Saint-Esprit est à l'œuvre en nous. La meilleure preuve de l'œuvre de l'Esprit en nous ce sont les efforts que nous faisons pour obéir à la volonté de Dieu révélée dans l'Écriture.

Phl 2.12-13. Paul nous invite ici à œuvrer, à travailler notre salut, on peut dire à le faire fructifier, dans la certitude que Dieu est à l'œuvre en nous. Il affirme ainsi ensemble notre responsabilité : c'est à nous de faire des efforts pour faire fructifier notre salut ; et l'œuvre de Dieu en nous : « c'est lui qui produit le vouloir et le faire ». Il n'est pas besoin d'attendre un signal de la part de Dieu, ou une révélation, ou une expérience quelconque. Nul besoin de ressentir quelque chose. Mais nous sommes appelés à nous mettre en route, ou à nous mettre à l'œuvre, en comptant sur Dieu. Et Dieu accomplira son œuvre en nous par son Esprit.

Lorsque je m'ouvre à l'action de l'Esprit par la prière en demandant à Dieu d'agir en moi, lorsque je me nourris de la Parole de Dieu, et lorsque je fais tous mes efforts pour obéir à cette Parole dans ma vie quotidienne, alors l'Esprit est à l'œuvre en moi, même si je ne ressens rien de particulier, même si je ne perçois pas cette action.

Un dernier point. Paul a commencé en parlant de liberté : vous avez été appelés à la liberté. Et voilà qu'on a beaucoup parlé d'obéissance. Paul a même dit : v. 17 afin que vous ne soyez pas votre propre maître/ou afin que vous ne fassiez pas ce que vous voudriez. Est-ce que tout cela va ensemble ?

De nos jours, obéissance et liberté sont vus comme étant contradictoires. « Si je dois obéir à quelqu'un, je ne suis pas libre. » « Être livre, c'est être son propre maître ! »

Mais pour la Bible, la vraie liberté, ce n'est pas la liberté de faire ce que je veux. C'est la liberté de faire ce qui est bon pour moi. Or tout ce que Dieu me demande est bon pour moi. La loi est sainte, juste et bonne dit Paul, bonne pour moi. La vraie liberté, c'est d'obéir à Dieu, à sa Loi, à sa Parole. Mais si je ne fais que suivre mes propres désirs, mes envies, mon ressenti, autrement dit mes passions, pour utiliser le terme biblique, je suis esclave de mes passions et du péché. La vraie liberté, c'est d'obéir à Dieu et c'est cette liberté là que le Saint-Esprit nous apporte. Rm 6.16.

Sauvés par Jésus-Christ seul, sauvés par grâce, totalement par grâce, sauvés par le seul moyen de la foi, nous avons reçu le Saint-Esprit qui veut nous entraîner sur la voie de l'obéissance à Dieu. Ga 3.25 : Nous avons la vie par l'Esprit, nous avons reçu une vie nouvelle par l'Esprit/l'Esprit est la source de notre vie. Et bien marchons selon l'Esprit, conduisons notre vie par l'Esprit.

En complément, on pourra lire :

« L'opposition entre la chair et l'Esprit en Gal 5.17 », Fac Réflexion 33 (décembre 1995), p. 14-22.

 

Galates 5.16-18,25

16 Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair.

17 Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez pas ce que vous voudriez.

18 Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes pas sous la loi.

2 Pierre 1.5-8

5 Pour cette raison même, faites tous vos efforts pour ajouter à votre foi la force de caractère, à la force de caractère la connaissance, 6 à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi l'endurance dans l'épreuve, à l'endurance la piété, 7 à la piété l'affection fraternelle, et à l'affection fraternelle l'amour. 8 Car si vous possédez ces qualités, et si elles grandissent sans cesse en vous, elles vous rendront actifs et vous permettront de connaître toujours mieux notre Seigneur Jésus-Christ.

Romains 8.9

9 Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'Esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas.

Actes 2.38

38 Pierre leur répondit :

— Changez, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ, pour que vos péchés vous soient pardonnés. Alors, vous recevrez le don du Saint-Esprit.

Luc 11.11-13

11 Il y a des pères parmi vous. Lequel d'entre vous donnera un serpent à son fils quand celui-ci lui demande un poisson ? 12 Ou encore, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? 13 Si donc, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.

Romains 8.13

13 Car, si vous vivez à la manière de l'homme dans sa condition naturelle, vous allez mourir, mais si, par l'Esprit, vous faites mourir les actes mauvais que vous accomplissez dans votre corps, vous vivrez.

Romains 13.8-10

Ne restez redevables de rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres. Car celui qui aime l'autre a satisfait à toutes les exigences de la Loi. En effet, des commandements comme : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres, se trouvent récapitulés en cette seule parole : Aime ton prochain comme toi-même. 10 Celui qui aime ne cause aucun mal à son prochain. Aimer son prochain, c'est donc accomplir toute la Loi.

Philippiens 2.12-13

12 Mes chers amis, vous avez toujours été obéissants : faites donc fructifier votre salut, dans un esprit de respect et d'humilité, non seulement quand je suis présent, mais bien plus maintenant que je suis absent.

13 Car c'est Dieu lui-même qui agit en vous, pour produire à la fois le vouloir et le faire conformément à son projet plein d'amour.

Galates 5.25

25 Si nous avons reçu la vie par l'Esprit, marchons/comportons-nous aussi selon l'Esprit.