Pentecôte

Prédication du dimanche de Pentecôte (15 mars 2005)

par le pasteur Gordon Margery

Lectures présidence : Jean 14.15-17 et 16.5-14

Lecture avant le message : Actes 2.1-11

Introduction

J'aime bien le dimanche de la Pentecôte, c'est un peu comme Noël ou Pâques. C'est le jour anniversaire de la naissance de l'Église. Et puisque j'aime les anniversaires et que j'aime l'Église, j'ai aujourd'hui le cœur en fête.

C'est aussi le jour le plus fort dans l'histoire de ce que le Saint-Esprit fait dans la vie des gens. Le jour de la Pentecôte il a rempli les disciples d'un nouveau courage, il a mis dans leur bouche des louanges pour Dieu, il leur a donné un message qui a bouleversé les foules. Il est venu dire que Jésus, le malheureux crucifié, est à la droite du Père, qu'il règne, qu'il sauve. Le Saint-Esprit vient créer un peuple nouveau fait de représentants de toutes les nations de la terre. Aujourd'hui, c'est la fête du Saint-Esprit. Et puisqu'il a fait tellement de choses dans ma vie et dans la vie des gens que j'aime, j'ai envie de le mettre à l'honneur.

Vous vous rappelez le baptême que nous avons célébré ici il y a quelques semaines ? Le baptisé s'est entendu dire : Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous avons obéi à l'ordre de Jésus en disant très fort que notre frère appartient à Dieu, au Dieu trinitaire. Il a été réconcilié avec le Père. Il reconnaît Jésus comme son Sauveur, il veut le suivre dans la vie et dans la mort. L'Esprit l'a fait naître de nouveau et lui atteste qu'il est enfant de Dieu. Le baptisé a pris sur lui le nom de ce Dieu si saint, si différent de nous, si proche de nous.

Je te baptise au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Ce n'est pas une formule magique. C'est le résumé de tout ce que Dieu a révélé de lui-même. C'est la base essentielle de la foi chrétienne. On peut être religieux et croyant sans. Mais on ne peut pas être chrétien si on n'accepte pas pleinement le Père, le Fils et le Saint-Esprit, un seul Dieu, qui vit éternellement en Trinité.

Mais qui est le Saint-Esprit ? C'est à cette question que j'aimerais répondre ce matin.

1. Le Saint-Esprit est une personne

Je ne dis pas : Qu'est-ce que le Saint-Esprit ? Je dis : Qui est le Saint-Esprit ? Il est important de comprendre que le Saint-Esprit est une personne. Bien sûr, il s'agit d'une personne spirituelle. Dieu n'a pas de corps physique. Mais la Bible révèle le Saint-Esprit comme une personne. Il parle, il agit, il décide des choses. On peut lui mentir, on peut l'attrister.

Il est donc faux de dire que le Saint-Esprit est simplement la force de Dieu à l'œuvre. C'est une force : comme un vent impétueux, comme un torrent, comme une flamme. Mais ce sont là des images pour parler d'une personne puissante.

L'un des passages les plus convaincants qui me permettent de dire que le Saint-Esprit est une personne se trouve dans l'Evangile de Jean, au chapitre 14. Jésus est en train de préparer ses disciples à son départ. Il leur dit : Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur, un autre consolateur, qui sera toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité (Jean 14.16-17). Un autre consolateur : on comprend donc qu'il y a eu un premier, et que ce premier, c'est Jésus. L'Esprit, c'est celui qui prend le relais de Jésus, c'est un autre Jésus, si vous voulez. Jésus va même jusqu'à dire que les disciples gagneront à le voir partir, car c'est ainsi que l'Esprit viendra vers eux. On ne peut pas imaginer qu'une simple force soit plus utile que la personne même de Jésus à nos côtés. L'autre Jésus, c'est l'Esprit. Invisible, présent partout, à l'œuvre dans la vie des gens, une vraie personne.

Le Saint-Esprit n'est pas une force que je manipule à ma guise, que je peux annexer à mes projets, une sorte de magie qui soit à ma disposition. Il est une personne, différente de moi, avec qui je dois compter. Je n'ai pas le droit de confondre mes idées et les siennes, mes paroles et les siennes, mon jugement et le sien.

2. Le Saint-Esprit est distinct du Père et du Fils

Jésus a dit : Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur, un autre consolateur : c'est l'Esprit de vérité. Jésus n'est pas le Saint-Esprit, puisque le Saint-Esprit est un autre consolateur. Le Père n'est pas le Saint-Esprit non plus, puisqu'il l'envoie. Père, Fils et Saint-Esprit ne sont pas simplement trois mots pour parler d'un seul et même Dieu. Ce ne sont pas les trois côtés d'un triangle, ou trois révélations successives au cours de l'histoire, ou trois modes d'existence de Dieu. Il y a une vraie différence. Et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur, un autre consolateur.

Pensez au baptême de Jésus. Jésus se trouve dans l'eau du Jourdain. Cette eau un peu boueuse fait de petits tourbillons autour de lui. Toutes sortes de personnes sont massées sur les rives. Puis la voix du Père se fait entendre du ciel : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Le Saint-Esprit vient sur Jésus, se manifestant pour quelques instants aux yeux de quelques-uns sous la forme d'une colombe. Les trois sont là, différents. Le Père ne s'est pas fait baptiser, le Père n'est pas mort à la croix, le Père n'est pas apparu sous la forme d'une colombe ou de petites flammes le jour de la Pentecôte. Le Saint-Esprit est distinct et du Père et du Fils. C'est l'Esprit qui a inspiré les prophètes et les apôtres, qui a inspiré la Bible : ce n'est pas directement Jésus-Christ. C'est l'Esprit qui dit au nouveau chrétien qu'il est enfant de Dieu, ce n'est pas directement le Père.

Cette distinction n'est pas toujours respectée dans nos prières et dans nos chants. Ce n'est pas très grave, nous comprendrons dans un instant pourquoi. Mais les paroles  que les hommes adressent à l'Esprit sont rares dans la Bible. L'Esprit inspire nos prières, il ne se met pas au centre de nos prières. Il révèle le Père, il glorifie le Fils. Il nous aide à prier, il nous accompagne, il interprète nos soupirs et nos prières parfois mal conçues. Nous prions le Père, à travers Jésus-Christ, sous l'inspiration de l'Esprit.

Le Saint-Esprit est une personne distincte.

3. Le Saint-Esprit est Dieu

Le Saint-Esprit est Dieu au même titre que le Père et le Fils. A plusieurs endroits de la Bible, c'est sous-entendu. Quand il participe à la création, par exemple, ou quand son nom est associé à celui du Père et du Fils lors d'un baptême.

En Actes 5, Ananias et Saphira font semblant d'être généreux et consacrés. Ils font un don à l'Église en faisant croire qu'ils sont en train de donner tout ce qu'ils possèdent sur la terre. Pierre leur dit au verset 3 qu'ils ont menti au Saint-Esprit, au verset 4 il leur dit qu'ils ont menti à Dieu, et au verset 9 il dit qu'ils ont provoqué l'Esprit du Seigneur. Mentir à l'Esprit, c'est mentir à Dieu.

La divinité de l'Esprit ressort encore plus clairement en 2 Corinthiens 3.16-18, où Paul dit : Le Seigneur, c'est l'Esprit. Ce mot Seigneur, kurios en grec, est le même qui désigne l'Eternel dans les pages de l'Ancien Testament. Si Moïse s'est tourné vers le Seigneur l'Esprit, je ne peux pas croire que ce soit un péché de prier l'Esprit ; si le Seigneur, c'est l'Esprit, je ne peux pas croire que ce soit grave de mélanger le rôle de l'Esprit avec celui du Père ou du Fils. Ce n'est pas un blasphème. C'est certainement un manque de clarté, une imprécision : mais pas plus. L'Esprit est Seigneur. Et le mot Seigneur ne désigne que Dieu.

Parce que l'Esprit est pleinement Dieu, il est présent à la création, il communique la parole de Dieu aux prophètes, il représente Jésus dans la vie des disciples, il peut nous transformer de gloire en gloire. Ce n'est pas n'importe quel esprit : c'est le Saint-Esprit, c'est à dire l'Esprit divin. Je n'ai pas à le commander, j'ai à me soumettre à ce que lui il veut. Quand on parle des dons spirituels, c'est un principe essentiel : l'Esprit les distribue à qui il veut, dit la Bible. Pas suivant nos caprices. Le Saint-Esprit est Dieu, il est saint, éternel, il ne change pas, il est souverain. Il ne nous conduira pas dans des chemins qui ne seraient pas en accord avec la sainteté de Dieu ou qui contrediraient ce qu'il a déjà révélé dans la Bible

4. L'Esprit est inséparable du Père et du Fils

Le Saint-Esprit est une personne, une personne distincte et pleinement divine. Ce qui pose le problème suivant : les chrétiens croient-ils alors en plusieurs dieux ? Trois dieux ? Absolument pas. Ils croient simplement que la personnalité de Dieu, si on peut parler comme cela, la personnalité du Dieu seul et unique est plus complexe que la nôtre. Il y a une pluralité en Dieu. J'ai connu un rabbin juif qui le disait, sans pour autant être d'accord avec nous autres chrétiens qui donnons un nom à cette pluralité : Père, Fils et Saint-Esprit.

Les chrétiens proclament qu'il y a un seul Dieu, en trois personnes distinctes, unies, inséparables. Nous ne pouvons pas opposer l'une à l'autre. Nous ne pouvons pas dire, par exemple, que Jésus-Christ dans son amour nous a sauvés de la colère du Père : la Bible dit que Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils. Nous ne devons pas penser que le Saint-Esprit nous donnerait quelque chose que Christ ne nous donne pas ; ou que nous pouvons connaître Christ sans connaître l'Esprit. Ce n'est simplement pas possible. L'apôtre Paul dit que celui qui n'a pas l'Esprit n'appartient pas à Dieu. Il est juste de distinguer les rôles des trois personnes de la trinité : le Père a envoyé le Fils ; le Père et le Fils ont envoyé l'Esprit. Il est juste de distinguer les rôles, mais il n'est pas juste de séparer ou d'opposer les personnes.

Conclusion

A Noël nous célébrons la naissance de Jésus-Christ. Il existait depuis toujours, il a pris sur lui la réalité humaine. A Pâques nous célébrons le fait que Jésus est mort à la croix pour nos péchés et qu'il est ressuscité, glorieux. A Pentecôte nous fêtons le troisième acte de notre salut : la venue de l'Esprit. Dieu qui nous révèle Dieu. Dieu qui fait de nous les témoins de Dieu. Dieu qui nous fait vivre de la vie de Dieu. Ca se fête !

Mais ça fait réfléchir aussi. Avez-vous reçu l'Esprit ? Sinon, quelque chose ne va pas, vous n'appartenez pas encore à Christ. Lui permettez-vous de vous transformer, de vous guider, de vous faire ressembler à Jésus-Christ ? Sinon, quelque chose ne va pas, vous l'attristez. Lui permettez-vous de vous parler ? Sinon, quelque chose ne va pas, vous risquez de l'éteindre.

Cela fait plusieurs questions que je peux résumer ainsi : Conduisez-vous votre vie sans tenir compte du Saint-Esprit ? Sans tenir compte de la présence puissante et invisible de Dieu ? Il est peut-être temps de vous ouvrir à lui.

Il vous parlera dans la Bible, parce qu'il l'a lui-même inspirée. Il vous parlera dans votre conscience. Il vous parlera dans le silence de la prière.

C'est à ce silence et à cette prière que je vous invite maintenant.

2 Cor 13.13

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