Pentecôte : Anniversaire de l’Eglise

Message du 11 mai 2008 : Dimanche de Pentecôte

Introduction

Bon anniversaire ! Bon anniversaire, tout le monde ! Bon anniversaire l’Eglise !

Aujourd’hui, dimanche de Pentecôte, c’est l’anniversaire de l’Eglise. Non pas de l’Eglise protestante évangélique d’Ozoir-la-Ferrière, mais de l’Eglise de Jésus-Christ. Avant la Pentecôte, il y a des croyants, mais pas d’Eglise. Il y a des disciples, mais pas d’Eglise. Avant la Pentecôte, le Saint-Esprit agit dans la vie des gens, il inspire les auteurs de la Bible, il agit dans la création, il remplit de sagesse et de puissance le Messie, le Christ. Mais avant la Pentecôte il n’a pas encore forgé ce peuple nouveau, l’Eglise, qui sera composé de gens de toutes les langues et de tous les pays. En un jour, il révèle le Christ à trois mille personnes, les convainc d’avoir péché contre Dieu, les amène à la repentance et la foi1. Il les fait naître d’en haut, naître de l’Esprit2. Il les baptise pour former un seul corps : hommes, femmes, esclaves, libres, Juifs et, quelque temps plus tard, Grecs3.

Les chrétiens sont un non seulement parce qu’ils ont le même ancêtre, Adam, ou le même Créateur. Mais parce qu’ils ont le même Seigneur, Jésus-Christ, et qu’ils sont habités par le même Esprit. S’ils n’ont pas l’Esprit, ils n’ont pas le Christ, ils ne sont pas chrétiens au sens profond du mot4.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Si quelqu’un confesse Jésus-Christ, s’il manifeste le fruit de l’Esprit, s’il met en pratique le commandement de l’amour, il y a de fortes chances pour que ce soit à cause de l’Esprit en lui. Si quelqu’un se dit chrétien mais qu’il n’aime pas, qu’il ne pardonne pas, qu’il ne se repent pas, sa foi est une illusion. Ou il est en train d’attrister l’Esprit que Dieu avait mis dans son cœur5.

Il y a des signes de la plénitude de l’Esprit qui se voient dans l’Eglise. Je vais lire une petite section dans Actes 2 qui nous aidera à le comprendre.

Lecture : Actes 2.37-47

L’unité de l’Eglise

Qu’est-ce qui fonde l’unité de l’Eglise ? L’apôtre Paul l’a dit très simplement aux Corinthiens : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir Jésus-Christ. Par là il faut entendre et l’annonce de Jésus-Christ, l’annonce de l’Evangile comme une donnée objective, et la foi personnelle en Jésus-Christ, l’Evangile comme une réalité subjective. Nous avons les deux choses ici en Actes 2. L’apôtre Pierre a annoncé les grandes vérités de la foi ; il a invité les gens à y adhérer dans un élan de foi personnelle.

Cela peut nous paraître tout à fait évident, mais ce n’est pas évident pour tout le monde. Par exemple, en Europe au 16e siècle, l’appartenance à une Eglise était déterminée par son lieu d’habitation. On disait que le pays devait adopter la religion de son prince. Louis XIV, qui a tant persécuté les chrétiens protestants, voulait qu’il y ait un roi, une loi, une foi. Et de nos jours nous voyons les vestiges de ce système dans le concept d’une paroisse. Bien sûr, dans un pays pluraliste comme la France aujourd’hui, habiter telle paroisse ne signifie plus être membre de telle Eglise. Mais les vieux concepts ont la vie dure. Pour beaucoup de gens on peut être chrétien sans croire et certainement chrétien sans mettre les pieds dans une Eglise. Les gens se disent chrétiens sans avoir la foi, pour des raisons presque géographiques.

Autre pratique que ne concorde pas avec l’enseignement de l’apôtre, c’est l’idée que les enfants de chrétiens sont forcément dans l’Eglise. Alors que le fondement de l’Eglise c’est une foi personnelle en Jésus-Christ. Les enfants sont accueillis dans l’Eglise, et les parents font tout ce qui est dans leur pouvoir pour que leurs enfants en viennent à partager librement leur foi : par l’exemple, par l’enseignement et surtout par l’amour. Mais il viendra un moment où les enfants auront à se déterminer eux-mêmes. A dix ans, personne ne leur permettra de se marier, d’acheter une voiture, de s’engager dans l’armée. Vers 16 ans la loi leur reconnaîtra certains droits. A 18 ans ils seront majeurs. C’est certainement dans ces âges-là que, logiquement, ils peuvent s’engager par le baptême – s’ils veulent. Et s’ils ne le veulent pas, ils seront toujours accueillis, je l’espère, dans l’Eglise sans pour autant en faire partie réellement. Le fondement de l’unité de l’Eglise, c’est Jésus-Christ, annoncé et cru.

Le jour de la Pentecôte, tous ont entendu l’annonce de l’Evangile, de Jésus-Christ mort à la croix et ressuscité des morts pour le pardon des péchés. Ils ont accepté personnellement ce message, selon le verset 41. Ce qui impliquait pour eux de se repentir de leurs péchés, de croire en Christ, de recevoir le don de Dieu, de se faire baptiser. Choses que nous associons à la nouvelle naissance.

Et après ce premier engagement nous constatons que la première Eglise vit beaucoup d’autres choses ensemble : ils suivent assidûment l’enseignement des apôtres, ils prient ensemble, ils s’impliquent dans la vie les uns des autres, ils rompent le pain ensemble en souvenir de Jésus, ils mangent ensemble, ils sont solidaires avec ceux d’entre eux qui sont dans le besoin.

La suite du livre des Actes ne nous dira pas autre chose pour la fondation de l’Eglise. Les épîtres ne nous diront pas autre chose non plus. La conversion des gens, les uns après les autres, est suivie par un vivre ensemble, les uns avec les autres. Voyons cela de plus près avec les quatre mots-clés du verset 42.

Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres

Avoir soif de Dieu et de sa Parole, c’est l’un des signes manifestes de l’action de l’Esprit dans ta vie. Pour une courte période on peut se passer de la Bible et prier en vivant sur ses réserves. Mais ces réserves vont s’épuiser. Nous avons besoin de persévérer dans l’enseignement des apôtres. Ils ne sont plus là, aujourd’hui, les apôtres. Mais ils nous ont laissé leur enseignement, c’est ce que nous appelons le Nouveau Testament. Le lire, le relire, le méditer, c’est ce qui va nourrir notre foi. Il va aussi contribuer à forger notre unité. Nos idées trop individualistes et nos erreurs vont céder le pas à la pensée de Dieu. Notre intelligence va se trouver renouvelée. Nous aurons une base commune.

Ce dénominateur commun s’exprime dans la Confession de Foi de l’Eglise, puis semaine après semaine par l’enseignement qui est donné dans les petits groupes et le dimanche. Cette unité de pensée peut aussi s’exprimer à travers l’appartenance à une Union d’Eglises. L’Esprit agit à travers la Parole qu’il a inspirée pour nous édifier personnellement et pour nous construire ensemble en tant qu’Eglise6.

Ils persévéraient dans la communion fraternelle.

Voilà un mot qui prête à confusion. Ce n’est pas une façon de parler de la Sainte Cène. La Sainte Cène est certainement un temps où nous affirmons haut et fort qu nous sommes un en Christ, que nous sommes en communion avec nos frères : mais la communion fraternelle, c’est autre chose.

Ce n’est pas tout à fait des moments de détente entre chrétiens. Presque, mais pas tout à fait.

C’est un partage de vie. Ma vie de chrétien, je ne la vis pas seul, je la vis avec mes frères et sœurs. Ce n’est pas un jardin secret où personne n’a le droit de pénétrer. Ce n’est pas non plus un jardin public où n’importe qui a accès à tout. C’est un jardin que j’ouvre à mes amis. L’amitié se renforce autour de la table du Seigneur. Elle se renforce autour d’un jeu, d’un sport, d’une sortie, d’un repas… Mais elle devient profonde et réelle quand on ose partager avec quelqu’un d’autre des choses qui comptent vraiment pour nous. Une joie, une peine. Une lutte, une ambition, un succès, un échec. Si nos relations avec nos frères et sœurs ne nous conduisent pas à ce genre d’ouverture aux autres, elles ne sont pas encore vraiment de la communion fraternelle.

J’imagine qu’il y a ici des aspects culturels et personnels différents. Certaines personnes avoueront plus difficilement que d’autres leurs problèmes. Elles voudront sauver la face. Elles mettront tous leurs efforts dans le paraître… alors que Dieu s’intéresse à l’être. La Bible dit : Aimez-vous les uns les autres. Comment voulez-vous aimer quelqu’un qui n’est pas là ? Quelqu’un qui se cache ? Quelqu’un qui vous présente le masque du chrétien le plus respectable qui soit ? Est-ce un problème culturel ? Je crois que c’est plutôt un problème humain. Mais si c’est culturel, c’est peut-être l’un des endroits où la fierté du Français et du Chinois doit se soumettre à la loi du Christ. Priez les uns pour les autres, dit la Bible. Comment voulez-vous prier pour quelqu’un qui n’a besoin de rien ? Pardonnez-vous réciproquement, dit la Bible. Comment voulez-vous pardonner à quelqu’un qui n’a jamais rien fait de mal et qui n’a rien à avouer ?

Quand on s’ouvre aux autres, on devient vulnérable. La communion fraternelle se construit donc plus facilement dans de petits groupes. Elle a besoin d’un climat de confiance. Elle a besoin de confidentialité. Elle a besoin de réciprocité. Elle ne se décrète pas. Elle se développe avec le temps. Elle est indispensable à une vie chrétienne authentique.

Ils persévéraient dans la fraction du pain

Les commentateurs hésitent ici : s’agit-il de la Sainte Cène ? ou de repas fraternels ? ou des deux, ensemble, comme cela se faisait à Corinthe ?

Actes 2.46 parle de repas pris ensemble ; je suppose donc qu’Actes 2.42 évoque plus spécialement le souvenir de Jésus-Christ qui a donné sa vie pour nous et qui nous a laissé les symboles du pain et du vin pour le célébrer.

Est-ce important ? Oui, c’est important, et on le voit dans le Nouveau Testament à propos de l’Eglise de Corinthe. Dans cette grande ville portuaire l’Eglise était certainement très diverse et variée. Il y avait des gens pauvres et un certain nombre de gens qui s’en sortaient bien. Il y avait des gens à la sensibilité religieuse stricte, et d’autres très souples. Il y avait des gens qui se disaient partisans de Pierre, Paul ou Jacques. Il y avait des querelles où la doctrine et la culture divisaient les gens. Et les divisions devenaient visibles à la table du Seigneur. Alors l’apôtre Paul rebondit là-dessus, il enseigne que la coupe est une coupe de communion, que le pain est un symbole de notre unité, que le repas du Seigneur doit être une occasion pour que chacun examine sa vie devant Dieu.

On me dirait : ce n’est qu’un symbole. C’est un symbole, certes. Mais les symboles peuvent être puissants. Un drapeau national, une flamme olympique, un baptême, un service de Sainte Cène : ce ne sont que des symboles. Mais un tas de choses se focalisent autour de ces symboles. Les chrétiens auraient tort de se priver des symboles que le Seigneur a voulus.

Nous pouvons élargir un petit peu le sens de ces mots : Ils persévéraient dans la fraction du pain. En admettant qu’il s’agit de la Cène, nous voyons là une illustration de l’importance du regard qui se tourne vers Dieu. Donc, de l’adoration, de la louange, du culte, de la célébration de Dieu et de ses œuvres. Devant la croix, je ne pense pas en priorité à moi-même et à mes besoins. Je pense à l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, je pense à l’alliance nouvelle que Dieu a voulue avec nous, je pense à la foule immense des rachetés, je pense à Jésus-Christ, mon Sauveur, mon Seigneur, mon modèle, mon berger. Et dans cet élan de reconnaissance je suis moi-même changé.

Ils persévéraient dans la fraction du pain. Cela veut dire que régulièrement ils étaient placés devant une double question : Suis-je réellement en communion avec Dieu ? Suis-je réellement en communion avec mes frères ? L’épître aux Corinthiens invite les gens à s’examiner avant de prendre la Cène. Non pas pour s’en priver, ce serait s’endurcir dans le refus de la communion. Mais pour se repentir, pour mettre en règle leur relation avec Dieu et avec leurs frères. Si vous êtes fâché avec Dieu, si vous ne pouvez pas parler à cœur ouvert avec un frère pour régler vos problèmes, si vous ne saluez pas telle personne à l’Eglise, vous ne devez absolument pas faire l’hypocrite et prendre la Cène.

Ils persévéraient dans les prières

C’est ainsi que le dit la Bible à la Colombe et le texte grec. Pourquoi le pluriel ? C’est peut-être une allusion aux prières liturgiques du Temple, et nous savons que les apôtres y participaient. C’est peut-être comme le suggère la Bible du Semeur, qui est ma Bible préférée, la prière commune, la prière ensemble, ce qui correspond bien au contexte immédiat.

Si c’est cela, nous avons un quatrième signe de l’action de l’Esprit : la prière ensemble. Elle est mentionnée séparée de l’enseignement, de la cène, de la communion fraternelle. Il s’agit donc d’une dimension particulière de la vie des chrétiens. Prier ensemble dans des groupes de maison, prier ensemble à l’occasion d’un culte, prier ensemble de façon spontanée quand deux ou trois se réunissent au nom du Seigneur, c’est forcément quelque chose d’important que nous soude ensemble. C’est un aspect de la communion fraternelle, dans la mesure où nous allons prier pour les besoins des uns et des autres. C’est aussi un aspect de notre mission commune, car nous voulons prier pour que l’Evangile soit annoncé à toutes les nations, pour que le règne de Dieu vienne, pour que sa volonté soit faire sur la terre comme au ciel.

Conclusion

Soyez remplis de l’Esprit, dit un texte de l’apôtre Paul en Ephésiens 57. Et il continue en évoquant la louange commune et la soumission les uns aux autres. La Pentecôte, c’est l’annonce de la Parole, c’est la conversion des gens, c’est une vie ensemble. Et puis à la fin du chapitre 2, nous voyons que c’est dans le contexte d’une Eglise unie et solidaire que Dieu a fait des miracles et que chaque jour des nouvelles conversions se produisaient. Comment construire cette vie ensemble ? En étant attaché à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et à la prière.

Que Dieu nous aide à le réaliser !

Bon anniversaire, l’Eglise !


1 Actes 2

2 Jean 3

3 1 Corinthiens 12.13

4 Romains 8.9

5 Ephésiens 4.30

6 Ephésiens 4.11-16

7 Ephésiens 5.18

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