Pentecôte 2006

Prédication du dimanche 4 juin 2006

par le pasteur Gordon Margery

Mais quand Dieu notre Sauveur a révélé sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés. S'il l'a fait, ce n'est pas parce que nous avons accompli des actes conformes à ce qui est juste. Non. Il nous a sauvés parce qu'il a eu pitié de nous, en nous faisant passer par le bain purificateur de la nouvelle naissance, c'est-à-dire en nous renouvelant par le Saint-Esprit. Cet Esprit, il l'a répandu avec abondance sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur. Il l'a fait pour que, déclarés justes par sa grâce, nous devenions les héritiers de la vie éternelle qui constitue notre espérance (Tite 3.4-7).

Introduction

Le passage qu'Emmanuel nous a lu ce matin concernant la Pentecôte est à la fois exaltant et troublant.

C'est exaltant, parce que nous avons ici la preuve grand public que Jésus, ce criminel crucifié, est en réalité le Christ, le Messie, le Seigneur. Il est ressuscité, il est au ciel, il règne. La preuve, ce sont les flammes, le bruit du vent, le message donné en trente-six langues différentes, la puissance qui remplit les apôtres, la conversion de 3000 personnes. C'est la naissance de l'Église, ces milliers de gens venus de partout soudés ensemble par le baptême de l'Esprit Saint. C'est le début d'une histoire qui n'a pas fini d'être écrite, celle de l'annonce de Évangile à tous les peuples et à toutes les générations. C'est l'acte final du drame de la croix. C'est le lever de rideau des derniers temps. C'est exaltant.

Et en même temps c'est troublant, parce qu'aucun de nous n'a vécu des choses pareilles. On nous parle du Saint-Esprit, mais où sont les flammes de feu ? Où est le bruit de la tempête ? Où sont ces trente-six langues que la foule comprend ? Où sont les apôtres et leurs 3000 convertis ?

Nous en sommes loin, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais vu ni même entendu parler de choses semblables de nos jours. Avec une bonne publicité et une bonne organisation on peut réunir des foules. Il peut y avoir des centaines et des milliers de conversions quand une population donnée est réceptive à l'Évangile. Certains de mes amis parlent en langues. Mais ces langues sont incompréhensibles, elles ne touchent pas des foules, il n'y a ni vent ni feu. Non, nulle part vous ne trouverez une réédition du jour de la Pentecôte.

Et c'est normal, parce que l'ascension du Christ, le don de l'Esprit et la naissance de l'Église, ce sont des événements uniques.

Qu'est-ce qu'il en reste pour moi alors, en 2006 ? C'est le thème du message de ce matin.

Quand Jésus parle avec Nicodème de l'action du Saint-Esprit, il en souligne le côté mystérieux :

Vraiment, je te l'assure : à moins de renaître d'en haut, personne ne peut voir le royaume de Dieu… à moins de naître d'eau, c'est-à-dire d'Esprit, personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu… Le vent souffle où il veut, tu en entends le bruit, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour quiconque est né de l'Esprit. (Jean 3.3,5, 8)

Tout n'est pas visible. Mais la venue de l'Esprit signifie la nouvelle naissance, l'entrée dans le royaume de Dieu, la vie éternelle. Et bien plus de choses encore. Personne ne voit le vent : nous voyons les feuilles qui bougent, les papiers qui s'envolent, les arbres qui plient, nous entendons parfois les volets et les portes qui claquent. Il en est ainsi pour l'action de l'Esprit.

1. Quelles sont les signes de l'action de l'Esprit dans ma vie ?

Quelles peuvent être alors les signes de sa présence et de son action dans ma vie ? Quand on regarde la Bible attentivement, on en découvre plusieurs.

D'abord, une relation avec Dieu. C'est l'Esprit qui nous permet d'appeler Dieu notre Père. L'apôtre Paul le dit en Romains 8.15-16 :

En effet, vous n'avez pas reçu un Esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la crainte : non, vous avez reçu l'Esprit qui fait de vous des fils adoptifs de Dieu. Car c'est par cet Esprit que nous crions : Abba, c'est-à-dire Père ! L'Esprit Saint lui-même et notre esprit nous témoignent ensemble que nous sommes enfants de Dieu.

Mais comment sommes-nous devenus enfants de Dieu ? Par la nouvelle naissance, qui est appelée aussi la naissance d'en haut ou la naissance de l'Esprit. Et quand est-ce que la nouvelle naissance se produit ? Quand nous accueillons Jésus-Christ, quand nous plaçons notre foi en lui. L'Évangile de Jean le dit ainsi :

Certains pourtant l'ont accueilli ; ils ont cru en lui. A tous ceux-là, il a accordé le privilège de devenir enfants de Dieu. Ce n'est pas par une naissance naturelle, ni sous l'impulsion d'un désir, ou encore par la volonté d'un homme, qu'ils le sont devenus ; mais c'est de Dieu qu'ils sont nés. (Jean 1.12-13)

C'est l'Esprit qui nous révèle Jésus-Christ ; c'est l'Esprit qui nous fait naître de nouveau ; c'est l'Esprit qui nous fait entrer dans la famille du Père. Si donc vous avez vécu ces choses, vous pouvez être sûrs que l'Esprit vous a touchés. Mais ce n'est pas tout.

Si nous aimons le Père, nous aimerons tous ceux qui sont nés de Lui. Daniel Edgard l'a dit dans son témoignage il y a deux semaines. L'amour est un fruit de l'Esprit. Et très particulièrement l'amour pour le peuple de Dieu est l'un des signes de ce que nous appartenons à Dieu et que l'Esprit est en nous. Le baptême de l'Esprit, qui est une autre façon de parler de la nouvelle naissance, nous lie les uns aux autres.

A Corinthe, les gens se querellaient pour tout, y compris au sujet du Saint-Esprit. L'apôtre leur dit :

En effet, nous avons tous été baptisés par un seul et même Esprit pour former un seul corps, que nous soyons Juifs ou non-Juifs, esclaves ou hommes libres. C'est de ce seul et même Esprit que nous avons tous reçu à boire. (1 Cor 12.13)

Tous unis dans un même corps par un même Esprit. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient même pas (Romains 8.9). Tu doutes de ton salut : quel est ton rapport à Église ? Est-ce le signe de ton appartenance à Dieu ? Ou de ton désintérêt pour Dieu ?

Le Saint-Esprit est celui qui établit ta relation avec Dieu et qui la garantit ; il est celui qui établit ta relation avec tes frères et sœurs.

Mais il y a encore plus. Il te change.

Là où est l'Esprit du Seigneur, là règne la liberté. Et nous tous qui, le visage découvert, contemplons, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en son image dans une gloire dont l'éclat ne cesse de grandir. C'est là l'œuvre du Seigneur, c'est-à-dire de l'Esprit. (2.Cor 3,17-18)

Nous sommes transformés. La Bible parle du fruit de l'Esprit, et l'image est belle. Jésus a dit que nous connaîtrons un arbre à son fruit. Tel arbre, tel fruit. Des cerises, des pommes, des poires, des noisettes… Quand l'Esprit est dans ta vie, tu verras les fruits de l'Esprit :

Mais le fruit de l'Esprit c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, l'amabilité, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi. (Gal 5,22-23).

Tu ne verras pas tout. Pas tout de suite. Pas tout à la perfection. Pas encore. Mais au milieu de tes luttes et de tes échecs tu verras des transformations. Ce n'est pas pour rien que l'Esprit de Dieu est appelé l'Esprit Saint. Il veut ta sainteté. Il aiguise ta conscience. Il fait que tu ne tolères plus aujourd'hui ce que tu tolérais hier. Il te rappelle que tu dois encore progresser. Il te pousse à la repentance. Et quand tu es effondré à cause d'un échec grave, il te rappelle que tu es enfant de Dieu et que le meilleur est encore à venir.

Alléluia !

Je pourrais ajouter encore des choses. La diversité des dons pour servir Dieu. L'inspiration des Écritures. Le témoignage à rendre dans le monde. Mais il me semble que l'essentiel est là. Le Saint-Esprit est celui qui établit ta relation avec Dieu et qui la garantit ; il est celui qui établit ta relation avec tes frères et sœurs. Il te transforme.

C'est vraiment pas mal.

2. Qu'est-ce que je dois faire si les signes de l'action de l'Esprit sont absents ?

Maintenant, qu'est-ce que je dois faire si les signes de l'action de l'Esprit sont absents de ma vie ?

Il faut d'abord poser le bon diagnostic. Comme le médecin ou le mécanicien auto. C'est la batterie, ou les bougies, ou des saletés dans le carburant ? Si vous ne posez pas le bon diagnostic, vous en ferez pas la bonne réparation.

Si les signes de l'action de l'Esprit sont absents de ma vie, je vois quatre explications possibles.

Mon premier cas de figure est très particulier. Peut-être que je ne vois pas les signes de l'action de l'Esprit dans ma vie parce que je regarde mal. J'ai peut-être des attentes irréalistes, pas très bibliques, pas très raisonnables. Je veux vaincre ma timidité pour témoigner comme les apôtres, et je ne vois pas que Dieu m'a donné un amour pour sa Parole, que j'ai du plaisir à me retrouver avec mes frères, que je me préoccupe désormais de plaire à Dieu plutôt que de suivre bêtement mon propre chemin. Je pense que j'ai un problème : mais en fait il n'est pas là où je pense. Il est dans mon impatience. Ou dans mes attentes exagérées.

Voici un deuxième cas de figure, qui est très difficile à vivre. Il arrive que des chrétiens très sincères et très scrupuleux passent par des temps de dépression qui les font douter de tout. Ils peuvent vous dire qu'ils ne sont pas vraiment convertis, qu'ils ont péché contre le Saint-Esprit, que rien n'a changé dans leur vie, qu'ils n'ont pas de relation avec Dieu ou qu'ils n'en ont plus. Comme si tout ce qu'ils avaient vécu avant avec Dieu ne comptait plus. Comme si les couleurs de la vie étaient devenues des niveaux de gris. Non seulement pour la vie chrétienne, mais pour tout.

Ce problème se situe à la frontière entre la spiritualité et la médecine. Si tu te reconnais dans ce tableau, discutes-en avec ton pasteur ou avec ton médecin, ou les deux. Tu as peut-être besoin de ce que la science peut t'offrir de meilleur. Tu as peut-être simplement besoin du soutien d'un frère aîné. L'un comme l'autre peuvent être des dons de Dieu pour toi.

Voici un troisième cas de figure. Tu es chrétien, mais la voix de l'Esprit est comme éteinte en toi. Tu n'as pas voulu l'écouter. Tu as délibérément refusé le geste que l'Esprit te demandait : un renoncement, une demande de pardon, un acte d'obéissance, le baptême, une rupture, une réconciliation, que sais-je. Tu as négligé les disciplines de base de la vie avec Dieu : la Bible, la prière, l'Église. Tu t'es conformé au monde au lieu de te laisser transformer par Dieu. Tu as péché. Tu as attristé l'Esprit, comme le dit la Bible.

Si tel est le diagnostic, un quart de cachet d'antidépresseur ne changera rien pour toi. Tu ne t'en sortiras qu'à une seule condition : la repentance. C'est à dire un retour à Dieu, un retour en arrière, un demi-tour, un changement de cap. S'il y a une faute précise, ou s'il y a une orientation de vie qui part de travers, il faut marquer l'arrêt et faire demi-tour. Dieu promet le pardon à ceux qui reconnaissent leurs fautes et qui reprennent la marche avec lui (1 Jean 1.8-9).

Puis mon dernier cas de figure. Le cas du faux départ, ou du départ qui n'en est pas un. Le cas de Nicodème, par exemple. C'était un chef religieux, et parmi les plus ouverts et les plus équilibrés. Mais il n'était pas encore entré dans le royaume de Dieu, il n'était pas encore né de nouveau, il n'avait pas encore l'Esprit dans sa vie. Un homme comme lui, pieux, respecté, a besoin comme les autres de naître de nouveau. L'Évangile de Jean qui nous le dit, comme l'épître de Paul à Tite que j'ai lu au début :

Mais quand Dieu notre Sauveur a révélé sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés. S'il l'a fait, ce n'est pas parce que nous avons accompli des actes conformes à ce qui est juste. Non. Il nous a sauvés parce qu'il a eu pitié de nous, en nous faisant passer par le bain purificateur de la nouvelle naissance, c'est-à-dire en nous renouvelant par le Saint-Esprit. Cet Esprit, il l'a répandu avec abondance sur nous par Jésus-Christ notre Sauveur. Il l'a fait pour que, déclarés justes par sa grâce, nous devenions les héritiers de la vie éternelle qui constitue notre espérance (Tite 3.4-7).

Peut-être que tu ne vois pas les signes de l'action d'Esprit dans ta vie tout simplement parce que tu es à la frontière du royaume de Dieu, mais pas encore dedans. Tu as trempé un doigt de pied dans l'océan de Dieu, mais tu ne t'es pas encore jeté à l'eau. Tu sympathises, mais tu ne t'engages pas. Tu es chrétien à cause de tes ancêtres, et pas parce que tu as toi-même choisi le Christ.

Conclusion

La fête de la Pentecôte est un moment fabuleux. C'est l'acte final du drame de la croix. C'est le lever de rideau des derniers temps. C'est exaltant. Nous célébrons aujourd'hui un événement unique.

Mais nous pouvons aussi célébrer ce que le Saint-Esprit fait pour nous maintenant. Si nous l'avons négligé, attristé, étouffé nous pouvons profiter de ce jour pour nous ouvrir à lui dans la repentance. Si nous n'avons pas été au bénéfice de son action, nous pouvons nous tourner vers ce Christ que l'Esprit veut révéler. Un pas, peut-être, nous sépare de la vie éternelle.

Viens, Esprit du Dieu vivant ! Amen.

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