Jésus a-t-il été marié ?


A Pontault-Combault, le samedi 27 mai 2007

Introduction


Il y a quelques temps, le sujet que nous abordons ce matin aurait paru complètement farfelu : le mariage de Jésus, pensez donc ! Nous en parlons maintenant à cause d’un livre et d’un film : Da Vinci Code. Vous aimez le genre ou pas, vous trouvez à Dan Brown des qualités littéraires ou pas, ce n’est pas là-dessus que je vais me prononcer.


Ce qui m’intéresse, c’est le brouillage des frontières entre la fiction et la réalité, brouillage qui commence dès la page 9.

Intro Da Vinci Code

La fiction commence ici. S’il est vrai que les lieux et les mouvements existent ou ont existé, ce que Dan Brown affirme à leur sujet est généralement totalement faux. Les « parchemins » découverts à la Bibliothèque Nationale sont des pages dactylographiées déposes dans les années 1960 par Pierre Plantard pour prouver qu’il descendait des rois mérovingiens, lesquels descendaient de Jésus-Christ. Le Prieuré de Sion est une association 1901 crée en 1956 par Pierre Plantard dans le même but.

Voici d’autres exemples tirés du livre Code Da Vinci : L’enquête, de Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir.










Da Vinci Code

Dan Brown

Code Da Vinci : L’enquête

Marie-France Etchegoin, Frédéric Lenoir

Le Prieuré de Sion

Fondé comme société ultra-secrète par Godefroi de Bouillon en 1099

Fondé le 25.6.1956 et déclaré par Pierre Plantard à la sous-préfecture de St Julien-en-Genevois selon la loi de 1901.


Pierre Plantard de Saint-Clair en serait l’un des grands maîtres

Pétainiste, antisémite militant, Pierre Plantard a été un illuminé d’extrême droite toute sa vie. Il a soutenu Hitler. Il est qualifié de mythomane.

Léonard Da Vinci

Persuadé de l’importance de Marie-Madeleine dans la religion chrétienne, importance que l’Eglise voulait nier

Ne l’a jamais peinte – alors qu’elle figure sur de nombreux tableaux de la Renaissance, dans de nombreuses églises.

La Joconde

Le portrait d’un androgyne

L’essence même de la féminité

Manuscrits de la Mer morte

(Qumran)

Premiers textes chrétiens, parleraient de Jésus et de Marie-Madelaine.

Il s’agit de textes juifs. Aucun texte chrétien n’a été trouvé à Qumran, aucune mention de Jésus. Les textes de Qumran sont d’une grande valeur pour notre connaissance du judaïsme et du texte hébreu de l’Ancien Testament.

Constantin

Constantin aurait constitué le christianisme comme religion officielle de l’empire en 325.

Non, c’est Théodose en 385.


Aurait déterminé le canon des livres reconnus

Ne s’en est jamais occupé. Une liste consacrant les 4 évangiles et la plupart des autres livres du NT existe dès 180.


Aurait fait disparaître les évangiles qui évoquaient la nature humaine de Jésus

En fait, les évangiles apocryphes qui ont fini par disparaître niaient l’humanité du Christ et dépréciait la sexualité.

Rosslyn Chapel (Edimbourg)

Construit en 1446 par les Templiers. Renfermerait de nombreux symboles maçon-niques témoins d’une résistance aux doctrines de l’Eglise.

L’ordre des Templiers a été détruit en 1314. Les symboles de Rosslyn sont monnaie courante dans les constructions de l’époque. Il n’y avait pas d’opposition entre l’Eglise et les confréries de maçons comme cela s’est manifesté plus tard.

Saint Sulpice (Paris)

Le gnomon (ligne tracée dans le sol) témoigne d’un ancien temple païen

Non, il porte des inscriptions et des symboles chrétiens et servait à des fins astronomiques, pour fixer entre autres la date de Pâques.

La pyramide du Louvre

A la demande explicite de F.Mitterrand, 666 losanges de verre

Selon musée du Louvre : 673 panneaux vitrés, dont 603 losanges et 70 triangles


Et la liste pourrait être encore plus longue. Mais venons-en au sujet très précis de ce matin.


La Bible et la sexualité


Jésus a-t-il été marié ? Pourquoi pas ? Car contrairement aux idées reçus, et au discours de sir Leigh Teabing, la Bible a une attitude très positive à l’égard de la sexualité. Il suffit de lire le Cantique des Cantiques pour s’en convaincre. Ou alors le passage que voici :


1.Cor 7,3 Que le mari accorde à sa femme ce qu'il lui doit et que la femme agisse de même envers son mari.

1.Cor 7,4 Car le corps de la femme ne lui appartient plus, il est à son mari. De même, le corps du mari ne lui appartient plus, il est à sa femme.

1.Cor 7,5 Ne vous refusez donc pas l'un à l'autre.


Ou encore


1.Tim 4,3 Ces gens-là interdiront le mariage, et exigeront que l'on s'abstienne de certains aliments, alors que Dieu a créé toutes choses pour que les croyants, ceux qui connaissent la vérité, en jouissent avec reconnaissance.


Ces deux citations, aux environs de 55-65 de notre ère, sont de l’apôtre Paul, ce Paul qui a souvent mauvaise presse. Il devait manifestement combattre un idéal d’abstinence, qui ferait tant de ravages par la suite. Mais au premier siècle de notre ère, l’apôtre Paul pousse même à la consommation : « Ne vous refusez donc pas l’un à l’autre. » Il le dit dans le cadre du mariage, mais il le dit quand même.


Il n’y a dans la pensée biblique rien d’ignoble à vivre sur le plan matériel, corporel, sexuel. Cela fait partie de la vie dans ce monde que Dieu a créé. Et si cela fait partie d’une vie humaine authentique, il n’y a aucun a priori qui aurait interdit à Jésus de se marier.


Mais l’a-t-il réellement fait ? Et avec qui ? La question posée est avant tout une question historique. Et pour connaître l’histoire, il faut connaître les documents.


Les Evangiles apocryphes


Commençons par les Evangiles secrets, cachés, les Evangiles apocryphes.


Certains d’entre eux sont connus depuis longtemps. Pour d’autres, on savait qu’ils avaient existé, parce qu’ils sont cités par des auteurs anciens comme Irénée. Mais on ne savait pas ce qu’ils disaient. Et puis, en 1945, on a découvert en Egypte toute une bibliothèque, à Nag Hammadi, avec des documents en copte datant des années 300 de notre ère. L’Evangile de Thomas a été édité il y a longtemps, alors que la traduction de l’Evangile de Judas vient seulement de se faire.


De ces Evangiles secrets, il est difficile de faire la synthèse, car ils ne présentent pas les choses toujours du même point de vue. Mais en gros on peut dire qu’ils prétendent compléter les informations contenues dans les quatre Evangiles reconnus. On y trouve les miracles de l’enfant Jésus, ou des entretiens secrets qu’il aurait eus avec ses disciples.


Dans des textes que je qualifierais d’hyper-orthodoxes, on multiplie les miracles. La sage-femme examine Marie après l’accouchement et déclare qu’elle est toujours vierge. Ou alors l’enfant Jésus fait des miracles pas toujours très édifiants, comme dans ce texte du pseudo-Thomas que je vais citer :


Une autre fois, Jésus se promenait dans le village, quand un enfant, en courant, le heurta à l’épaule. Irrité, Jésus lui dit : “Tu ne poursuivras pas ta route.” A l’instant, l’enfant s’écroula, mort. A cette vue, certains s’exclamèrent : “D’où sort cet enfant, dont chaque parole devient immédiatement réalité ? (…) Joseph prit son fils à part et le tança : “Qu’est-ce qui t’a pris ? Ces gens souffrent, ils nous détestent, ils veulent nous chasser ! ” Jésus répondit : “Je sais que les paroles qu tu dis ne viennent pas de toi ; aussi par égard pour ta personne me tairais-je. Mais eux recevront leur châtiment.” Aussitôt les plaignants furent frappés de cécité.


A l’opposé des évangiles hyper-orthodoxes, les évangiles gnostiques ne s’intéressent pas aux actes de Jésus, ou à ses actes supposés, mais à ses paroles. Le courant gnostique est à une philosophie, la gnose, qui se réclame d’une connaissance supérieure et qui déprécie tout ce qui est matériel. On considère que le monde matériel est mauvais, c’est une prison pour l’âme. Dans l’Evangile de Judas, Jésus se moque des Douze, parce qu’ils rendent grâces pour leur nourriture. Pourquoi se moquer ? Parce que le Douze révèlent par leurs actions de grâces qu’ils n’ont pas la vraie connaissance, qu’ils sont tributaires d’un dieu inférieur qui a eu la mauvaise idée de créer le monde matériel. Rendre grâces pour le pain, pensez donc !


L’Evangile de Thomas prête ces paroles à Jésus : « Celui qui a connu le monde a trouvé un cadavre, et celui qui a trouvé un cadavre, le monde n’est pas digne de lui. ». Si le monde est mauvais, le corps est mauvais, la sexualité est mauvaise, les femmes sont suspectes.


Voici un exemple, tiré du dernier paragraphe de l’ Ev Thomas, parole 114 :


Simon Pierre leur dit : “Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie.” Jésus dit : Voici que moi je l’attirerai pur la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute personne qui se fera mâle entrera dans le royaume des cieux. »


Le Christ ne pouvait donc pas être un vrai homme, puis que le Logos divin, le Christ, ne pouvait pas se souiller avec la matière. Un Evangile apocryphe dit qu’il ne mangeait pas, sauf pour ne pas choquer les gens, et que de toutes façons il n’évacuait pas ses aliments. L’Evangile de Judas dit que l’homme Jésus est un habit dont le Christ divin s’est revêtu, et que cet homme-là va être sacrifié.


C’est dans ce contexte qu’il faut lire l’Evangile de Philippe. Ce n’est pas un Evangile en araméen comme dit sir Leigh Teabing dans le livre, mais en copte. Ce texte affirme que Marie-Madeleine était la compagne de Jésus : « La compagne du Fils est Marie-Madeleine. Le Christ l’aimait plus que tous les disciples et l’embrassait fréquemment sur la bouche ». En fait, le mot bouche manque dans le manuscrit, mais peu importe. L’Evangile de Philippe est gnostique : il déprécie l’union charnelle : pour lui, le baiser est symbole du don du souffle, don de la vie, transmission du souffle de la sagesse. Marie-Madeleine n’est donc pas l’épouse du Christ au sens littéral, mais la vraie initiée, celle par qui la vraie sagesse va passer. Alors que les Douze, avec leurs quatre Evangiles trop terre-à-terre, sont tout juste bons à encadrer les ignorants.


De ce point de vue, L’Evangile de Philippe rejoint celui de Judas : Les disciples n’ont rien compris, il faut un disciple initié qui transmette la vraie sagesse : Judas, Marie-Madeleine, Thomas, c’est tout comme.


Je vous rappelle que ces Evangiles apocryphes nous sont connus par de très rares manuscrits qui sont du 3e ou du 4e siècle ; dont certains ne sont connus que grâce à des traductions en copte ; certains originaux peuvent être du 2e siècle.


Alors que les quatre Evangiles reconnus sont du premier siècle, que nous les avons dans leur langue d’origine, le grec, et que nous en possédons de très nombreux manuscrits fiables. Les textes originaux sont tous du premier siècle.


Extrait de l'Evangile de Jean




Voici une copie de l’Evangile de Jean datant de l’an 200 (voir photo). Je l’ai vu dans un musée près de Genève. Il annonce la divinité de Christ et son humanité 125 ans avant le concile de Nicée, 125 ans avant Constantin.




Extrait de l'Evangile de Jean




Et voici un fragment de Jean de l’an 125 environ. Ce n’est rien en apparence, mais on reconnaît recto verso quelques versets de Jean 18, preuve matérielle que l’Evangile tout entier était diffusé à cette époque. 200 ans avant le concile de Nicée.



Les Evangiles reconnus


Nous allons donc interroger les quatre Evangiles reconnus sur ces thèmes qui nous intéressent ce matin : Jésus, les femmes, Marie-Madeleine, le mariage de Jésus.


Je fais un premier constat : Jésus partage entièrement notre humanité. Il mange ; il boit ; il va à un mariage ; il peut être fatigué ; il peut avoir soif ; il a besoin de dormir ; il ressent la solitude, la compassion, la colère, l’amitié, l’angoisse devant la mort. Il meurt. C’est cela que les Evangiles gnostiques ont du mal à accepter.


En même temps, il fait des miracles, il se dit sans péché, il dit venir de Dieu, être le Fils de Dieu ou l’incarnation de la Sagesse de Dieu. Ses disciples reconnaissent sa divinité et il accepte leurs hommages.


Un passage mystérieux de la première lettre de Jean résume ces deux idées.


1Jn 5,6 C'est lui, Jésus-Christ, qui est venu avec de l'eau et du sang; non avec l'eau seulement, mais avec l'eau et avec le sang.


Pas avec l’eau seulement, mais avec l’eau et le sang ! C’est quoi ce délire ? L’eau, c’est le baptême du Christ, c’est le moment où il est déclaré publiquement Fils de Dieu. Les courants gnostiques y attachaient beaucoup d’importance. Mais il n’est pas seulement venu avec l’eau. Il est venu avec le sang, le sang de la croix, le sang de sa mort. Et cela, les Evangiles gnostiques n’aiment pas du tout. Une traduction récente rend les choses plus explicites :


1Jn 5,6 Celui qui est venu par l'eau et par le sang, c'est bien Jésus-Christ : il n'est pas passé seulement par l'eau du baptême, mais outre le baptême, il est passé par la mort en versant son sang. (Bible du Semeur)


Aujourd’hui, c’est la divinité de Jésus que les gens ont du mal à accepter. Mais dès la fin du 1er siècle, c’est son humanité qui pose problème, et pour les ultra-orthodoxes, qui veulent toujours plus de miracles, et pour les gnostiques.


Par contre, dans ces quatre Evangiles qui voient Jésus pleurer, qui rapportent ses entretiens avec plusieurs femmes, qui listent ses disciples femmes, et qui donnent aux femmes le premier rôle comme témoins de la résurrection, il n’est jamais question du mariage de Jésus. Il a eu des frères et des sœurs. Mais il ne s’est pas marié. C’était inhabituel, certes, mais inhabituel ne veut pas dire impossible.


Les disciples femmes. Voici un passage qui en cite quelques-unes :


Lc 8,1 Quelque temps après, Jésus se rendit dans les villes et les villages pour y proclamer et annoncer la Bonne Nouvelle du royaume de Dieu.

Lc 8,2 Il était accompagné des Douze et de quelques femmes qu'il avait délivrées de mauvais esprits et guéries de diverses maladies : Marie, appelée Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons,

Lc 8,3 Jeanne, la femme de Chuza, administrateur d'Hérode, Suzanne et plusieurs autres. Elles assistaient Jésus et ses disciples de leurs biens.


Ces femmes, nous les trouverons à la fin, devant la croix, et devant le tombeau :


Mc 15,40 Il y avait aussi là quelques femmes qui regardaient de loin. Parmi elles, Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques le Jeune et de Joses, ainsi que Salomé.

Mc 15,41 Quand il était en Galilée, c'étaient elles qui l'avaient suivi en étant à son service. Il y avait aussi beaucoup d'autres femmes qui étaient montées avec lui à Jérusalem.


Mt 27,56 Parmi elles, Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques et de Joseph et la mère des fils de Zébédée.


Il y a déjà deux Marie, sans compter la mère de Jésus. Et Marie de Magdala n’a pas une place plus grande que celle des autres. Nous ne savons d’elle que ce qui est marqué ici, et dans le récit de Jean 20 où elle rencontre le ressuscité.


Mais la légende a fait d’elle une femme pécheresse, une prostituée, qui a lavé les pieds de Jésus de ses larmes, qui s’est embarqué pour la Provence, dont les reliques se seraient trouvées à Vézelay avant d’être retrouvé une deuxième fois à la Sainte Baume.


En fait, la piété populaire a fait l’amalgame entre trois femmes bibliques : Marie de Magdala, que Jésus a délivrée de sept démons ; une pécheresse anonyme dans Luc 7 ; et Marie de Béthanie que nous rencontrons en Jean 12. Béthanie est près de Jérusalem, Magdala est au nord, en Galilée. En plus de ces trois femmes de la Bible, il fallait aussi une quatrième, Marie l’Egyptienne, ancienne prostituée, dont la légende remonte au 9e siècle. Les premières vies de Marie-Madeleine sont ainsi rédigées à partir du 11e siècle.


Rien dans l’humanité de Jésus ne lui interdisait d’avoir une femme ; rien n’empêchait que se soit Marie de Magdala. Mais dans les faits, cela ne s’est pas passé comme cela. La plupart des apôtres étaient mariés. Mais pas Jésus. Il a pu donc se consacrer entièrement à sa mission. Et quand il fallait qu’il pense à qui prendrait soin de Marie sa mère, c’est vers son disciple Jean qu’il s’est tourné. Pas vers Marie sa supposée femme.


Cene De Vinci

Dan Brown nous dit que Marie-Madeleine se trouve à côté de Jésus dans un tableau que Léonard da Vinci a peint sur un mur du réfectoire de Santa Maria delle Grazie à Milan en 1498. Remarquez qu’à cette date-là, nous n’allons pas trouver des indications historiques très fiables. Remarquez aussi que le tableau est très endommagé et qu’il est très difficile d’en discerner les détails. Le tableau représente le dernier repas de Jésus avec ses disciples, juste avant sa mort. Marie-Madeleine aurait pu se trouver là, car nous avons vu qu’il y avait plusieurs femmes dans l’entourage de Jésus. Mais comptez les personnages dans ce tableau : il n’y en a que treize, Jésus et les apôtres. Judas est là, il n’est pas encore sorti. Il n’y a donc pas de place pour Marie, à moins de croire que les commanditaires de la fresque ont payé de leurs deniers un tableau où il manquait un apôtre. Marie, c’est en fait l’apôtre Jean, qui est systématiquement présenté comme un jeune homme imberbe, car il vivra jusqu’environ l’an 95 ou 100.


Le mariage de Jésus


Je ne crois pas au père Noël. Je ne crois pas que Marie de Magdala avait une relation spéciale avec Jésus. Je crois encore moins que Sophie Neveu alias Audrey Tautou soit leur descendant. La ficelle est trop grosse. (corde)


Mais je crois malgré tout au mariage de Jésus. Jean-Baptiste en a parlé un jour, parce que ses propres disciples l’abandonnaient pour rejoindre Jésus. Et au lieu de s’en inquiéter, il s’en réjouit. Voici ci qu’il dit :


Jn 3,27 Nul ne peut s'attribuer une autre mission que celle qu'il a reçue de Dieu.

Jn 3,28 Vous en êtes vous-mêmes témoins ; j'ai toujours dit : je ne suis pas le Christ, mais j'ai été envoyé comme son Précurseur.

Jn 3,29 A qui appartient la mariée ? Au marié. Quant à l'ami du marié, c'est celui qui se tient à côté de lui et qui l'écoute : entendre sa voix le remplit de joie. Telle est ma joie, et, à présent, elle est complète.

Jn 3,30 Lui doit devenir de plus en plus grand, et moi de plus en plus petit.


Jésus est le marié, Jean-Baptiste est le garçon d’honneur. Mais alors, c’est qui, la mariée ? C’est ce peuple qui lui appartient. On trouve la même image chez l’apôtre Paul trente ans plus tard :


Eph 5,25 Quant à vous, maris, que chacun de vous aime sa femme comme le Christ a aimé l'Eglise : il a donné sa vie pour elle

Eph 5,26 afin de la rendre digne de Dieu après l'avoir purifiée par sa Parole, comme par le bain nuptial.

Eph 5,27 Il a ainsi voulu se présenter cette Eglise à lui-même, rayonnante de beauté, sans tache, ni ride, ni aucun défaut, mais digne de Dieu et irréprochable.


L’épouse de Jésus, c’est ce peuple pour qui il s’est donné jusqu’à la mort, c’est vous et moi, si nous sommes à lui. C’est l’Eglise qu’il est en train de bâtir.


Conclusion et pub


Nous arrivons ainsi à la fin de notre exposé et nous allons avoir maintenant un débat. Juste avant, j’aimerais vous recommander deux ouvrages :


Le mariage de Jésus, de Florent Varak au prix de.

Une brochure éditée par Agapé : Da Vinci Code, réalité ou fiction. Vous pouvez m’en prendre à 1,50, ou prendre le tract de présentation.


Sinon, j’ai amené des livres et des revues que vous pouvez consulter sur place.


Je vous remercie.


Annexe : tableau comparatif de Evangiles

Selon Dan Brown, il y aurait eu des dizaines d’Evangiles : l’empereur Constantin, au concile de Nicée en 325, en aurait choisi quatre et aurait fait disparaître les autres. Les Evangiles supprimés auraient été ceux qui adoptaient une attitude positive envers le corps, la sexualité, les femmes.


Evangile

Date de rédaction

Contenu. Le corps, la sexualité, les femmes

Ev. selon Matthieu

65-70 ; 80 au plus tard

Jésus avait un vrai corps, il a mangé, il est mort. Voir Jean 1.14 ; 1 Jean 4.2-3, par ex.

Les chrétiens peuvent manger de tout.

Plusieurs femmes font partie du cercle intimes des apôtres

Elles sont les premiers témoins de la résurrection

Le mariage est respecté

Jésus a eu des frères et des sœurs

La sexualité n’est nulle part dépréciée

Ev. selon Marc

60-68 (mort de Pierre)

Ev. selon Luc

60-65 (libération de Paul à la fin des Actes), 80 au plus tard

Ev. selon Jean

vers 90 (après les 3 synoptiques)




Ev. de Luc édité par Marcion

Vers 140

Marcion croyait que la création était mauvaise. Christ, le logos n’a pas souffert, il n’est pas mort, il n’avait que l’apparence de l’humanité. Il est venu sur l’homme Jésus pour nous libérer de l’ignorance et nous pointer vers la foi au Dieu bon, qui n’est pas celui de la création.

Ev. des Hébreux

Connu de Clément d’Alexandrie (m.215)

Ton nettement judéo-chrétien. Points en commun avec Ev. Matthieu.

Ev. selon les Egyptiens

Connu par des citations chez Clément d’Alexandrie (m.215)

Utilisé par certains gnostiques. Long entretien entre Jésus et Salomé dans lequel la sexualité est rejetée.

Evangile inconnu (papyrus Egerton 2)

Ms environ 100

Pourrait dépendre de l’Ev. Jean

Ev. de Pierre

Milieu 2e siècle

Le fragment existant va du jugement du Christ à la résurrection. Aspect miraculeux très accentué. Certains passages minimisent l’humanité du Christ (docétisme : son humanité n’était pas réelle)

Ev. des 12 apôtres ou des Ebionites

2e siècle. Mentionné par Origène


Ev. de Nicodème (ou Actes de Pilate)


Plusieurs versions. De soi-disant rapports officiels concernant le procès de Jésus, la crucifixion…

Protévangile de Jacques

2e siècle

Naissance de Marie, naissance de Jésus. Défend la virginité perpétuelle de Marie : problème avec le corps ?

Ev. de l’enfance de Thomas



Evangile de Vérité

Connu d’Irénée (130-208)

Attribué au gnostique Valentin.

Evangile de Vérité de Nag Hammadi

Vers 140

Indiquerait les livres reconnus comme canoniques à Rome

Ev. selon Thomas

Cité ( ?) par Hippolyte début 3e siècle. Origine ( ?) 1er siècle

114 paroles soi-disant de Jésus, inspirées des év. synoptiques. Orientation gnostique, dépréciation de l’AT et de la sexualité( cf. parole 114, ci-dessous). Origine syrienne.

Ev. selon Philippe


Gnostique, seul à parler de M-Madeleine. « Le style de cet évangile est rebutant, son obstination à bannir tout désir sexuel tourne à l’obsession. »

Etc.



De cette liste d’évangiles, incomplète, il ressort de nombreux éléments de réflexion.

  • La production littéraire des chrétiens et des sectes chrétiennes des premiers siècles était florissante.

  • Les Evangiles canoniques sont plus anciens que les autres, qui souvent les citent ou s’en inspirent.

  • La prolifération d’évangiles apocryphes indique probablement que des enseignements particuliers n’avaient aucune chance d’être acceptés s’ils n’adoptaient pas une forme connue et respectée, celle des évangiles canoniques. Pour la même raison ils empruntent souvent le nom d’un auteur illustre (Thomas, Nicodème… ). Les enseignements de Jésus sont situés après la résurrection, pour souligner leur caractère secret, mystérieux : ceci indique probablement que les Evangiles canoniques étaient déjà connus, reconnus, et fixes – on ne pouvait rien y ajouter.

  • Les évangiles de l’enfance visent à combler la curiosité des chrétiens sur les premières années de Jésus.

  • Les évangiles non-canoniques émanent souvent d’écoles gnostiques qui déprécient le corps, la sexualité. Le plus célèbre d’entre eux, Ev. Thomas, est exemplaire à cet égard.

  • Ce sont les Evangiles les plus positifs à l’égard du corps qui ont été reconnus – ce qui est l’exact contraire de ce que Dan Brown affirme.

  • Les Evangiles apocryphes sont prolixes en miracles étranges, alors que les récits des Evangiles canoniques sont très sobres.